AAH : la stratégie Pole Emploi

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Dans sa nouvelle chronique, Pierre Bardina revient sur les modifications d’attribution de l’AAH (allocation aux adultes handicapés).

 

Comme la coutume le veut, nos gouvernants – blagueurs qu’ils sont – font passer pendant la période estivale et en catimini, leurs mesures les plus tordues. On avait vu fin juin la tentative de faire passer la possibilité de dérogations aux règles d’accessibilité du bâti – fort heureusement refusé par le Conseil Constitutionnel (merci à notre anosognosique national). Le 16 août dernier, ce sont les conditions d’attribution de l’AAH qui viennent d’être modifiées : pour tous ceux qui ont un taux d’incapacité compris entre 50 et 79%, la durée d’attribution passe de cinq à deux ans. Une décision qui, sous ses airs de ne pas y toucher, signe le début de la prise de tête perpétuelle pour les allocataires concernés. Car les conditions d’accès à l’AAH sont de plus en plus rigides, comme le sont les allocations chômage, via Pole Emploi.

 

Quand on ne peut, à la veille d’une élection présidentielle et dans un contexte de crise, réduire les minimas sociaux, alors la solution de compliquer ses conditions d’attribution est utilisée. Combien de chômeurs se sont vus rayés des statistiques depuis la création de Pole Emploi, parce que la nouvelle entité crée ne s’est pas montrée à la hauteur des attentes, faute le plus souvent au manque de personnel et à la politique du chiffre ? Cette politique de tracas perpétuel est depuis la rentrée appliquée aux personnes handicapées. Dans beaucoup de MDPH (et de CAF), du jour de la demande au versement de l’allocation, il se passe souvent une année. On est alors en droit de penser qu’encore une fois, les personnes handicapées soient condamnées à la double peine : d’abord par le durcissement des conditions d’attribution mais aussi par le fait qu’elle passeront leur temps dans les dossiers (puisqu’il faudra finalement faire une demande tous les ans, au vu des délais d’instruction et de versement), suspendus à la décision d’une commission.

 

Quant au concept d’employabilité – traduit par « restriction substantielle d’accès à l’emploi » – qui est au cœur de la condition d’attribution, il reste bien fumeux. S’il est possible d’aménager un poste de travail, encore faut-il que ce poste existe ; encore faut-il que les conditions d’accès au travail pour les personnes handicapées soient réellement améliorées. Car on sait que le handicap reste une des premières discriminations à l’embauche. Refuser le versement d’une AAH sous prétexte que la personne est employable risque de devenir une règle : une façon détournée de diminuer les budgets destinés à cette action et de rendre les statistiques plus présentables… Ou comment faire des économies de bouts de chandelle sur le dos des plus exposés.

 

Pierre Bardina

Pierre Bardina est créateur d’andy.fr, portail du handicap moteur. C’est suite à un accident de plongée, en 1996, qu’il devient paraplégique. Retrouvez sa chronique « Coup de gueule » dans chaque numéro d’Handirect.

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