Blanc comme neige – L'édito de Jean-Marc Maillet-Contoz

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Les sénateurs, Paul blanc en tête en votant l’article 14bis et 14 ter viennent de piétiner sans le moindre scrupule le seul véritable projet de société que la France ait porté ces 20 dernières années.

 

 

Ne nous y trompons pas ce sont les personnes handicapées qui ont été à l’initiative de la loi de 2005. A force de luttes quotidiennes contre la pensée unique et les ambitions étroites des dirigeants privés et institutionnels incapables de se projeter plus loin que la date limite de leur mandat ou des élections à venir. Elles ont su faire passer une réforme qui, bien qu’ayant été édulcorée par les législateurs, ouvrait un horizon jamais vu jusqu’alors, par les personnes handicapées et leur entourage.

 

La loi 2005 offrait dans ses aspects liés à l’accessibilité des perspectives, urbaines, architecturales, techniques, technologiques mais aussi et surtout humaines jamais égalées. Pas une vision politique n’a été à la hauteur de cette loi et de la révolution sociale qu’elle engendre depuis 1981.

Ces obligations, certes engendrent des difficultés dans l’existant et peuvent nécessiter de grosses sommes d’argent pour une mise aux normes dans les règles de l’art. Mais dans le neuf, rien ne peut justifier de ne pas appliquer l’accessibilité totale. C’est une question de volonté et de créativité. Est-ce que l’on accorde des dérogations aux obligations liées à la sécurité si le maître d’ouvrage montre l’impossibilité de les appliquer ? Non, le choix n’existe pas dans ce domaine et il ne se discute pas. Est-ce que les escaliers de secours, les colonnes sèches, la signalétique d’urgence et de sécurité sont devenues des options au fil du temps ? Non, les architectes les constructeurs ont dû s’adapter. Est-ce que la sécurité des ascenseurs et leur mise aux normes ont disparu du paysage ? Non.

 

Paul Blanc qui a été le porte parole du Handicap à travers ses différentes actions et rapports, joue un rôle bien étrange et le pire c’est qu’il veut nous convaincre qu’il agit pour le bien du plus grand nombre et qu’il n’a pas le choix. Un sénateur animé par la sagesse et qui n’a rien à se reprocher. Le courage politique ne semble pas être une qualité longue conservation. En effet qui peut oublier que Nicolas Sarkozy lui-même dans son discours de la Conférence nationale handicap le 8 juin dernier disait texto : « Dois-je rappeler que notre horizon est 2015 ? Je ne cèderai pas sur cette échéance. Ce serait une étrange façon de gouverner que de se fixer un objectif ambitieux, puis de reculer l’exigence au fur et à mesure qu’on s’en approche ! »

Effectivement l’étrangeté semble avoir contaminé nos gouvernants comme nos sénateurs qui, on peut le comprendre s’apitoient plus facilement sur le sort de grands promoteurs constructeurs dont toute la créativité s’épuise sur les montages financiers destinés à vendre le maximum de bâti dans le minimum de temps avec le maximum de profits en jouant avec la crédulité des acheteurs. La majorité de ces derniers engagent toute une vie d’épargne sur les bonnes paroles de commerciaux très créatifs eux aussi.

Alors, je vous le demande, ont-ils encore les moyens de mettre de la réflexion et de la créativité dans l’architecture et la configuration des projets de construction ?

Non, le sénat qui se fait l’avocat de cette profession nous en apporte la preuve. Que pourrions nous d’ailleurs dire de plus si la preuve de « l’impossibilité » de rendre accessible est apportée par des personnes de bonne foi, animées par le désir de rendre la vie de nos concitoyens tous les jours un peu plus belle ?

« Impossibilité » c’est la nouvelle vision des groupes immobiliers. Pas besoin de leur donner de grandes explications, ils ont déjà substitués la grande fenêtre ouverte sur l’avenir par des persiennes et les travaux ne sont pas terminés !

 

Jean-Marc Maillet Contoz

 

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