Boxe adaptée au handicap : Saadi Mechiche, sur le ring avec le cœur

Boxe adaptée au handicap : Saadi Mechiche, sur le ring avec le cœur
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Rencontre avec Saadi Mechiche, éducateur sportif qui vit pour la boxe adaptée au handicap dans son quotidien. Au sein de son club, Lyon Boxe, situé dans le quartier de Vaise (9ème arrondissement) depuis 1987, il s’attache à fonder une vraie famille autour de cette discipline, sans jamais exclure personne. 

Pourquoi avoir décidé d’ouvrir des séances de boxe adaptée au sein de votre club ? 

À titre personnel, j’ai une sœur handicapée. Je suis bien sûr sensibilisé au monde du handicap. De fait, mon équipe et moi-même, sommes attachés à ce que le handicap soit parmi nous et à ce que nos séances de boxe puissent être adaptées.

Qu’est-ce qui a provoqué le déclic pour adapter la boxe aux différents types de handicap ? 

Le handicap n’était pas du tout reconnu dans notre monde, celui de la boxe. Il était pourtant tout à fait normal que les personnes en situation de handicap participent, et notamment aux Jeux Olympiques. Il y a eu un réveil tardif de la part de la Fédération Française de Boxe, mais aujourd’hui, ce retard est plus ou moins rattrapé.

La mise en place de cours de boxe adaptée au handicap constitue-t-elle une volonté de boxer les préjugés en se mesurant aux autres ?

Oui, bien sûr qu’il faut boxer les préjugés ! C’est l’une des forces que l’on peut avoir dans un club comme le nôtre.

Comment vos cours s’organisent-ils ? Selon quels principes directeurs ? Qu’est-ce qui diffère des cours classiques ?

Dans un premier temps, nous allons créer une relation entre l’adhérent handicapé et l’ensemble des adhérents pour qu’il puisse se sentir à l’aise et entretenir une relation normale dans le cadre de la mixité des publics avec les autres. Ensuite, cette relation humaine va justement créer la confiance chez cet adhérent en situation de handicap et enrichir les uns et les autres par rapport à la différence. Nous ne recevons pas beaucoup de personnes handicapées en fauteuil roulant car la salle ne s’y prête pas pour l’instant. En revanche, nous accueillons beaucoup de personnes porteuses de handicaps autres que moteurs.

Justement, à quels types de personnes en situation de handicap ces cours s’adressent-ils ?

Dans notre club, certains jeunes sont par exemple atteints de trisomie 21 ou d’autisme tandis que d’autres souffrent aussi de troubles tels que l’hyperactivité. Au fil du temps, nous nous sommes rendu compte que la boxe agit comme quelque chose de très bénéfique sur tous types de handicap, car cela permet, notamment, de travailler la proprioception. Surtout, cette confiance dont nous parlions va s’installer chez l’élève. Cela va le renforcer dans ses motivations, que ce soit dans le sport ou dans la vie de tous les jours pour faire plus ou avoir plus.

Y a-t-il une limite d’âge dans la pratique de la boxe adaptée ?

Pratiquer la boxe s’ouvre à tous, sans aucune limite d’âge.

Est-ce que votre club dispose de référents boxe adaptée au handicap ou bien chacun est-il libre de l’enseigner ? Adapter et animer la pratique de la boxe pour les personnes en situation de handicap nécessite-t-il une formation spécifique ?

Chacun se trouve formé, que ce soit à l’accueil ou au sein de notre personnel, pour accueillir les personnes en situation de handicap. Nous disposons aussi d’un référent spécialement formé au sport adapté, qui se trouve à Paris mais qui descend à Lyon régulièrement. Nous échangeons énormément avec lui. Cela peut nécessiter une formation ou non car nous, éducateurs sportifs, sommes formés à l’accueil de tous les publics. La relation au handicap est très chère à Lyon Boxe.

Depuis combien de temps proposez-vous de tels cours ? 

Depuis 1987, nous avons toujours reçu des adhérents en situation de handicap à Lyon Boxe.

Quelles valeurs de la boxe espérez-vous pouvoir transmettre en l’adaptant aux personnes en situation de handicap ? 

Nous souhaitons transmettre la valeur de la reconnaissance de l’autre, mais aussi de la différence. Les différences doivent vivre ensemble !

Espérez-vous lancer une dynamique autour de la boxe adaptée au handicap dans les semaines ou mois à venir ? 

Au niveau de notre sport, cette dynamique se développe déjà en France. Il existe des structures qui ont vraiment les moyens d’accueillir ce public spécifique. En revanche, nous favorisons une politique de mixité des publics. Le mélange est très important pour nous ; il est hors de question de les ghettoïser car cela n’est pas juste. Ce public doit pouvoir s’intégrer et rester en contact avec les autres.

Comment envisagez-vous l’avenir de la boxe adaptée au sein de Lyon Boxe ? 

Pour nous, cela reste assez difficile de prévoir l’avenir du sport adapté. Nous continuerons néanmoins à accueillir des personnes en situation de handicap comme nous le faisons chaque année, même si notre structure n’est pas spécialement adaptée. Les soutiens publics manquent encore énormément à tous points de vue. Nous sommes souvent en contact avec des personnes déficientes visuelles et nous remarquons qu’il manque encore beaucoup de choses, pour aider ces personnes à traverser les rues, par exemple. Il y a un vrai manque de moyens. Nous essayons d’y remédier car nous sommes une structure complètement privée sans aides publiques. Nous continuerons à maintenir nos adaptations car nous le faisons avec amour et passion.

Pour en savoir plus sur la boxe adaptée au handicap : http://www.lyon-boxe.com/

Un aperçu d’une séance de boxe adaptée dans le club

  • Combats d’échauffements sur le ring entre les adhérents qui le souhaitent.  
  • Tous les adhérents s’entraînent face aux sacs de frappes, munis de gants, individuellement ou par deux. 
  • Exercices de musculation sur le ring et renforcement musculaire sur tapis de sol. 
  • Possibilité de pratiquer la boxe à un niveau compétition ou loisirs.
  • Chaque séance, très intense, s’anime grâce à Saadi Mechiche, manager général du club, ou son personnel. 
  • En petits groupes d’environ cinq personnes. 
  • Chaque adhérent, en situation de handicap ou non, trouve sa place à travers le contact humain et la bienveillance. 
  • Chaque pratiquant est libre de venir à différents horaires dans la semaine, selon ses disponibilités scolaires ou professionnelles.  

En photo : Dans sa salle, Saadi Mechiche unit ses adhérents autour de la boxe, une vraie famille élargie.

Propos recueillis par Alex Renaud-Bourbon 

Article publié dans le magazine Handirect hors-série n°1 spécial tourisme et loisirs accessibles : À télécharger en cliquant ici

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