Colocation et handicap : Cogite, entre habitat partagé et coworking

Colocation et handicap : Cogite, entre habitat partagé et coworking
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Membre du réseau Autistes sans frontières, l’association Cogite met en place un nouveau lieu d’habitat partagé sous la forme d’une colocation inclusive compatible avec le handicap à Grenoble.

Rencontre avec Françoise Ayzac, co-fondatrice et membre du conseil collégial de l’association Cogite. Elle nous présente son projet de colocation inclusive et la manière dont il peut être adapté au handicap et notamment aux troubles du spectre de l’autisme.

En photo : Les trois colocataires se retrouvent à l’heure du repas, au sein de la colocation inclusive de Cogite, à Grenoble.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis la mère d’un jeune homme autiste de 25 ans. Je suis également co-fondatrice et membre du conseil collégial d’une petite association récente qui s’appelle Cogite, car on cogite pour créer des gîtes ensemble à Grenoble. Cette association est membre du réseau Autistes sans frontières dont nous partageons les valeurs.

Parlez-nous de vos projets en matière d’habitat partagé et inclusif.

Depuis un an, nous expérimentons une colocation inclusive à partir d’une initiative privée que nous souhaitons faire évoluer vers une démarche associative. Cette colocation est née d’une réflexion avec mon fils, désireux de prendre une certaine autonomie, et son auxiliaire, désireuse avec moi de poser le premier jalon d’un futur habitat inclusif. C’est ainsi qu’elle s’est installée avec mon fils et une amie, créant une colocation de trois personnes. Une colocation tout à fait ordinaire, en dehors du fait que mon fils vivait avec son auxiliaire. C’était expérimental, pour que mon fils commence à s’habituer à vivre ailleurs qu’à la maison, et aussi pour voir comment cela allait se passer.

Cela a bien fonctionné, puis, au bout d’un an, nous avons fait évoluer les choses : aujourd’hui, cette colocation est composée de mon fils, qui a un autisme classique ; d’un jeune homme autiste asperger, salarié ; et d’un autre jeune homme, ami de longue date de ce petit groupe, et qui se trouve être moniteur-éducateur. Ce sont trois colocataires à part entière et égale. L’auxiliaire de mon fils continue d’intervenir dans la colocation le matin et le soir.

Quels sont vos objectifs à présent ? Développer ce modèle de colocation inclusive adapté au handicap ?

En effet. Pour aller plus loin, nous avons monté l’association Cogite, avec comme objectif de porter un projet d’habitat partagé inclusif, construit sur la base du « Logited » d’Arevale, qui va ouvrir au mois d’avril 2022, à Lyon-Villeurbanne. Le but serait d’avoir 5 ou 6 studios autour d’espaces communs, à Grenoble, pour des temps de vie sociale tout en veillant à ce que chacun ait aussi son intimité.

C’est un travail de longue haleine qui prend plusieurs années. Donc en attendant de pouvoir le mettre sur pied, nous envisageons d’ouvrir une deuxième colocation sur la base de la première, qui est installée dans un très grand immeuble, en plein centre-ville de Grenoble, cette fois sous statut associatif.

Peut-être que les habitants de ces deux colocations auront envie, ensuite, de vivre ensemble dans l’habitat partagé à venir… ou que certains prendront finalement un logement indépendant… nous verrons.

Pour ces deux colocations ouvertes aux personnes en situation de handicap, on espère aussi, d’ores et déjà, pouvoir commencer à mobiliser le forfait habitat inclusif et à terme l’AVP – Aide à la Vie Partagée – sans avoir besoin d’attendre que le projet d’habitat partagé, plus long à mettre en œuvre, aboutisse.

Vous avez également un projet d’atelier de coworking…

Tout à fait. Mon fils a créé son atelier de micro-entrepreneur en tant que maroquinier. C’est un jeune homme qui sans doute n’aurait pas trouvé sa place en ESAT. Et finalement, il s’épanouit dans son propre atelier, à fabriquer des choses, à préparer des expos-ventes…

Nous souhaiterions développer cette démarche à titre associatif, pour en faire profiter à la fois les habitants membres de l’association et des personnes extérieures. Il s’agirait d’ouvrir un atelier artistique artisanal à la manière d’un tiers lieu, qui puisse accueillir d’autres artisans comme lui – qui seraient colocataires d’un espace de l’atelier, mais aussi un lieu de pratique artistique et artisanale, un espace de lien social où chacun pourrait venir, à titre individuel ou en groupe, avec d’un côté un espace de coworking en location, et d’un autre côté la possibilité de venir pratiquer une activité en guise de loisirs ou même dans l’optique d’en faire à terme un métier.

Il faudrait aussi que ce soit un lieu où l’on pourrait aider les micro-entrepreneurs à se déployer… par exemple par le biais d’un site internet commun où les différents créateurs puissent être représentés et se coordonner pour les déplacements lors d’expositions-ventes. De même pour le fait de valoriser les œuvres de ceux qui ne seraient pas micro-entrepreneurs mais feraient du dessin ou une autre activité artistique. Ce serait donc aussi un lieu de développement de l’estime de soi et d’un statut social, ce qui peut manquer aujourd’hui.

L’idée serait bien sûr que les personnes membres de la colocation ou du projet d’habitat partagé à venir puissent avoir accès à cet atelier.

Si des personnes sont intéressées elles peuvent se manifester :
Association Cogite
Maison des associations, 7 rue Berthe de Boissieux, 38000 Grenoble.
Mail : [email protected]
Tél. 06.84.50.11.57

Pour en savoir plus sur le réseau Autistes sans frontières : https://www.autistessansfrontieres.com/

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