Communication responsable et accessibilité : Des enjeux sous-estimés

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APF France Handicap milite pour la sobriété numérique, la communication responsable et l’accessibilité

Par Mylan Douthe. En avril dernier, j’ai répondu à l’invitation de Thomas Traissac pour participer au Webinaire du Club Com B2B – sur le thème « La communication responsable, moteur de transition » en lien avec l’accessibilité.

L’occasion pour moi de rappeler que l’accessibilité est un droit fondamental, une obligation légale consacrée notamment par la CIDPH (Convention Internationale des Droits des Personnes Handicapées) son article 9 et également à l’échelle européenne par le TFUE, qui exige de l’Union qu’elle combatte toute discrimination fondée sur le handicap dans la mise en œuvre de ses politiques.

Environ 15 % de la population mondiale est en situation de handicap, d’où l’importance d’une communication responsable et accessible

Par ailleurs, l’accessibilité n’est pas uniquement un droit fondamental, c’est également une condition sine qua none de l’accès aux autres droits et libertés. A fortiori à l’ère numérique, bon nombre de droits s’exercent de façon dématérialisée, d’où la nécessité de garantir l’accessibilité numérique pour tous.

Rappelons qu’environ 15 % de la population mondiale est en situation de handicap, si l’on ajoute à cela la problématique du vieillissement, on s’aperçoit que l’accessibilité numérique est un sujet qui concerne la société dans son ensemble.

En effet, l’accessibilité numérique ne permet pas seulement l’inclusion des personnes en situation de handicap mais aussi celle de senior vivant en zone rurale par exemple.

Un levier pour la transition écologique

L’accessibilité numérique et la communication responsable recouvrent aussi des enjeux environnementaux. En effet, un numérique accessible a également pour effet de réduire son impact environnemental.

Ainsi, les sites Internet accessibles sont souvent plus épurés donc moins consommateurs d’énergie ! Les entreprises qui se sont engagées dans des actions comme la « propreté du code html » ont toutes bénéficié à posteriori de réduction des coûts de maintenance, d’un allégement du poids du site, d’un meilleur référencement naturel ou encore d’un élargissement de leur audience.

Cette donnée est fondamentale à l’heure où nous faisons tous des efforts pour lutter contre le fléau du réchauffement climatique.

Le numérique peut être un levier extraordinaire pour la transition écologique mais pour cela il faut aller encore plus loin et notamment rendre effectif le délit d’obsolescence programmée, évoqué par le Sénat dans une proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France. Nous pourrions également appliquer un taux de TVA réduit sur les appareils reconditionnés.

L’accessibilité numérique comme vecteur d’égalité des chances

Si l’accessibilité numérique est une obligation légale au niveau international, européen et national pour tous les acteurs publics comme privés, elle demeure avant tout un vecteur d’égalité des chances. Par l’accès à certains produits numérique, notre pays pourrait faciliter l’accès à une pleine citoyenneté pour de nombreuses personnes en situation de handicap.

La dématérialisation croissante des démarches nécessite la prise en compte des problématiques spécifiques des personnes en situation de handicap. C’est aussi une opportunité permettant d’aller dans le sens de la construction de réponses innovantes pour toujours mieux répondre aux besoins et aux attentes des personnes.

Le cadre légal en la matière étant posé, il importe désormais de tendre vers l’effectivité des droits. Rappelons que le principe d’égalité devant la loi, dont découle le principe d’égalité devant les services publics, a valeur constitutionnelle. Or, pour qu’il y ait un égal accès aux services publics, encore faut-t-il que ces derniers soient accessibles pour tous les citoyens.

Si la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances a pu aider à la mise en œuvre de l’accessibilité des établissements recevant du public, le chemin à parcourir en matière d’accessibilité numérique demeure encore long….

De nombreux sites restent inaccessibles, dont ceux de l’État

La plupart des sites publics de l’État ne sont toujours pas en conformité avec la réglementation en vigueur.

L’inaccessibilité des sites résulte souvent des mêmes manquements : l’absence de hiérarchisation de l’information, l’absence de textes de remplacement pour les images qui exclut totalement les personnes non-voyantes et malvoyantes, l’impossibilité de grossir les caractères… Au vu de la simplicité des compensations techniques à mettre en œuvre ce constat de non-effectivité est navrant !

On devrait même imposer que l’ensemble des sites deviennent « faciles à lire et à comprendre ». Cela représenterait un atout majeur pour les personnes souffrant par exemple de troubles dys, qui en général ne parviennent à lire que 25% d’un texte et qui avec cet outil accéderaient à une meilleure compréhension de l’ordre d’environ 85%.

Un enjeu de citoyenneté

L’accessibilité numérique et la communication responsable recouvrent aussi un enjeu de citoyenneté, a fortiori avec la généralisation du télétravail et de diverses réunions en visioconférence, car cela nécessite non seulement d’avoir accès à l’outil (presque 7 millions de personnes ne sont pas dotées de l’outil numérique, notamment pour des raisons économiques) mais aussi bien sûr cela pose la question de l’accessibilité de l’outil.

De plus la problématique de la formation à l’accessibilité numérique est fondamentale aujourd’hui. Les professionnels du numérique ne sont pas suffisamment sensibilisés et formés à la prise en compte des différents handicaps, notamment par méconnaissance. Une campagne de sensibilisation auprès des professionnels du numérique serait la bienvenue afin de les sensibiliser à la réglementation !

Les problèmes de formation concernent tous les métiers et le numérique ne fait évidemment pas exception. Lorsque les personnes sont formées, bien souvent on repère qu’elles ont déjà un attrait pour le sujet.

Il conviendrait donc d’inscrire des dispositifs de sensibilisation dans les référentiels des formations diplôme, afin d’améliorer la prise en compte de l’accessibilité numérique par les équipes d’entreprises. La prise en compte de l’expertise d’usage devant être une évidence, il conviendra d’intégrer la vision des utilisateurs via des démonstrations.

Rendre le numérique accessible garantit des produits et services plus performants d’un point de vue social et environnemental. Une méthode innovante de conception des produits et services devrait imprégner aussi bien nos administrations que nos entreprises.

La communication responsable et l’accessibilité numérique contribueraient à affirmer notre souveraineté numérique à travers les valeurs qu’elle véhicule : inclusion, égalité et non-discrimination.

Mylan Douthe
« Étant en situation de handicap moteur, j’attache beaucoup d’importance au militantisme. Pour moi, l’engagement est la clef d’une génération solidaire. Ma chronique reflète mon ambition de construire une société plus durable, inclusive et solidaire ».

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