Europe et handicap : les jeunes de l’APF militent pour une politique sociale

Europe et handicap : les jeunes de l'APF militent pour une politique sociale
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À Bourges, lors de leurs trois journées nationales 2022, les jeunes d’APF France Handicap ont rappelé leur volonté de doter l’Europe d’une véritable politique sociale.

Par Mylan Douthe. Le contexte d’éco-anxiété dans lequel nous sommes tous plongés depuis plusieurs années maintenant et notamment les jeunes, à fortiori ceux en situation de handicap avec le Covid d’abord, puis la guerre en Ukraine, présente un challenge pour l’Europe : celui du renforcement de sa politique sociale.

C’est au travers d’une initiative forte que les chefs d’État et de gouvernement européen devront se souvenir de ce qui a fait l’Europe hier et demeure encore son socle aujourd’hui, ses valeurs. Et ainsi se donner les moyens de pouvoir répondre aux grands enjeux de notre temps, parmi lesquels l’inclusion et le handicap.

Être et faire ensemble

C’est dans cette perspective que les jeunes d’APF France Handicap, ont souhaité placer leurs trois journées nationales, à Bourges, sous le signe de l’Europe ! Pour rappeler d’abord la nécessité du principe d’« être et faire ensemble ».

Le projet européen doit, s’il veut recueillir l’assentiment et la participation des nouvelles générations, s’adapter aux nouvelles réalités de notre époque, et avec l’envie et la participation des jeunes, faire en sorte qu’en son sein grandisse une nouvelle génération de citoyens partageant une seule et même culture européenne.

Ce fut d’ailleurs tout le sens des ateliers sur l’Europe qui furent organisés tout le long du week-end, en présence notamment du président du forum européen pour la jeunesse et du conseiller national en charge des questions européennes d’APF France Handicap, Farbod Khansari. L’objectif fut, notamment, de réfléchir collectivement aux contours de l’approfondissement des politiques sociales à l’échelle continentale, aux fins de construire un nouvel ordre politique européen compatible avec les besoins et les attentes des jeunes européens en situation de handicap.

Les grands bouleversements qui traversent aujourd’hui notre continent, sont un terreau fertile à l’émergence de nouvelles idées fortes. Notre continent est encore aujourd’hui, on le voit bien, divisé. Nul doute que des craintes émergeront assez rapidement, là encore, notamment celles d’une perspective d’harmonisation qui se ferait au rabais.

Veiller à ne pas approfondir les vulnérabilités

Mais si l’Europe veut se consolider, cet objectif de long terme, certes incertain, que certaines disparités territoriales pourraient rendre difficilement atteignable, doit rester le point de mire ! Car à défaut le risque est bel et bien d’approfondir les vulnérabilités communes et ainsi d’entacher encore un peu plus la crédibilité de l’UE aux yeux de beaucoup, en tout cas des jeunes.

Mais des solutions existent, fort heureusement. Il faut retrouver l’Europe des projets concrets, pour la compléter, la renforcer, seuls de nature à pouvoir répondre à la seule véritable question intéressante à se poser, dont découlera tout le reste à savoir : comment faire émerger une Europe politique forte et apte à prendre véritablement en compte le compte le handicap ?

Vers un contrat de confiance avec l’opinion publique

Il y a derrière la démarche d’harmonisation sociale, l’ambition de passer avec l’opinion publique un contrat de confiance, en mettant en œuvre un dispositif de justice sociale, puisqu’ils œuvreront sur un territoire au sein duquel seraient respectés les mêmes équilibres budgétaires et où ils s’acquitteraient des mêmes impôts sur les activités et revenus produits.

L’enjeu est également de promouvoir une homogénéisation de l’espace de créativité économique, afin d’atténuer les disparités et donc les blocages, mais aussi et surtout de permettre à chaque jeune, avec ou sans handicap, de déployer son talent au service d’une économie plus compétitive en Europe. Une harmonisation fiscale immédiate serait bien sur totalement illusoire, il importe de fixer un rétro planning, en termes de réduction des écarts fiscaux.

En premier lieu il s’agirait d’établir la liste des impôts à harmoniser, harmoniser leurs assiettes, puis fixer le taux. Il faudrait d’ici à 2035 réduire par tranche égale l’écart des taux avec celui fixé, puis harmoniser les conditions de perception et de contentieux.

L’Europe des techniciens qui élargit toujours plus le champ des acquis communautaires ne fut pas un service rendu à la démocratie européenne. Car en faisant le choix de prioriser le caractère fonctionnaliste de l’Union, on en a presque oublié sa vocation politique, qui était l’essence même de sa construction. Ce faisant, inutile de chercher plus loin le désamour des jeunes à l’égard du projet européen tel qu’il est aujourd’hui.

Ne cherchons pas plus loin non plus pour quels motifs des démagogues ont pu ainsi prospérer électoralement sur de telles failles, y compris en France.

L’avenir de l’Europe aujourd’hui ne serait être ailleurs que dans des logique d’intégration visant à doter l’Europe d’une âme politique, et les Européens d’une conscience active de leur citoyenneté européenne.

Il y a la nécessité d’un rééquilibrage, pour qu’à terme émerge un ordre politique proprement européen, au sein duquel chacun aurait une pleine conscience de sa citoyenneté européenne. Et une Europe dans laquelle chaque personne en situation de handicap aurait une place.

Cette harmonisation sociale reste à bâtir. Le contexte géopolitique actuel, met l’Europe à la croisée des chemins et l’oblige à se réinventer. Rien n’interdit de se donner du temps, mais il s’agit néanmoins d’être dans le même temps capable de donner à court terme des impulsions stratégiques. Cette double exigence est essentielle car il en va de la crédibilité de l’UE en matière de politique.

Sensibiliser les jeunes en situation de handicap au sujet de l’Europe

Il importe de concevoir le travail de réflexion initié par les jeunes d’APF France Handicap et soutenu en interne comme une contribution à l’approfondissement de la construction européenne dans un domaine essentiel auquel l’UE peine à œuvrer : la constitution d’un peuple européen. La politique sociale doit être le fondement sur lequel va pouvoir immerger la nouvelle génération européenne.

C’est également pour cette raison qu’APF France handicap choisit, dans le prolongement de ces journées nationales jeunes, d’aller demain dans ses établissements, dans ses délégations, informer les jeunes en situation de handicap sur des projets concrets de l’Union Européenne, sur la mobilité notamment. Sensibiliser aux possibilités, scolaires ou bénévoles qu’offre aujourd’hui l’Europe pour éveiller la conscience politique des jeunes européens et de favoriser l’émergence d’une culture démocratique européenne.

Permettre aux adolescents de faire l’expérience de la mobilité européenne, de nouer des amitiés dans les autres pays et de concevoir leur engagement citoyen à l’échelle du continent voilà la change qu’offre aujourd’hui l’Europe et tout l’enjeu d’un telle démarche est bel et bien de faire en sorte que la mobilité des écoliers ou pour le service civique en Europe devienne la norme et non l’exception.

L’Europe ne saurait se concevoir sans l’assentiment des peuples qui la composent et beaucoup attendent aujourd’hui que l’on débouche sur des projets concrets et audacieux pour lui donner un nouveau souffle.

Mylan Douthe
« Étant en situation de handicap moteur, j’attache beaucoup d’importance au militantisme. Pour moi, l’engagement est la clef d’une génération solidaire. Ma chronique reflète mon ambition de construire une société plus durable, inclusive et solidaire ».

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