Jordan Broisin : Les athlètes handisport aux Jeux Paralympiques de Pékin

Jordan Broisin : Les athlètes handisport aux Jeux Paralympiques de Pékin
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Témoignage de Jordan Broisin, membre de l’équipe de France Handisport aux Jeux paralympiques de Pékin : « Les Jeux, c’est le moment de tout donner pour faire en sorte que ça rayonne »

En photo : Jordan Broisin.

Adepte de tous les sports d’extérieur, c’est dans sa discipline de prédilection, le ski alpin, que Jordan Broisin, 28 ans, défendra les couleurs de l’équipe de France paralympique lors des Jeux de Pékin, du 4 au 13 mars prochains.

Jordan Broisin, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Jordan Broisin : J’ai 28 ans. Je fais du ski alpin handisport depuis l’enfance. J’ai eu un accident en 2009, à l’âge de 16 ans, ce qui m’a valu l’amputation d’une jambe. Mon épaule a aussi été atteinte au niveau de deux nerfs, ce qui crée un petit manque de mobilité mais je n’ai pas encore fait reconnaître cette partie de mon handicap. Après l’accident, j’ai repris le ski en compétition en 2014, et j’ai gravi les échelons.

Pratiquez-vous d’autres sports que le ski ?

Jordan Broisin: Oui, plein, je suis un grand fan de sport ! Je fais beaucoup de sport d’extérieur : du vtt, de l’escalade, du paddle, de la course à pied, de la natation… Tous les sports de glisse et d’équilibre m’aident beaucoup par rapport au ski. L’escalade permet de travailler sur l’habileté et le renforcement musculaire. Du coup, j’aime bien varier les plaisirs et les sensations. Mon prochain défi sera de me mettre au parapente. C’est aussi dans l’idée de faire de la marche en montagne, car j’aime bien monter mais pas descendre car c’est douloureux avec la prothèse… je pourrais donc me faire plaisir aussi sur la descente avec le parapente.

Racontez-nous votre parcours sportif.

Jordan Broisin : J’ai commencé le ski à l’âge de deux ans et demi. C’est mon père qui m’a appris à skier jusqu’à mes dix ans. Comme il a vu que j’aimais beaucoup ça et qu’il n’arrivait plus trop à me faire progresser, il m’a proposé de m’inscrire au Ski club Annecy Semnoz. J’ai fait trois ans de ski compétition au sein de ce club.
On habitait un peu loin d’Annecy, cela me faisait faire beaucoup de trajet et c’était très prenant pour un adolescent – j’avais environ 11/1 ans, c’était au moment de l’entrée au collège. C’était fatigant et je prenais de moins en moins de plaisir… J’ai donc décidé avec mes parents d’arrêter. J’ai alors continué le « ski plaisir » avec les copains.

Puis, après mon accident en 2009, la première question que j’ai posée au médecin était : « Est-ce que je vais pouvoir refaire du ski ? ». Il se trouve qu’il était lui-même amputé et il m’a répondu : « Pas de souci pour ça, cet hiver je t’emmène ! », c’est-à-dire moins de six mois plus tard. Et effectivement, l’hiver suivant, j’ai rechaussé les skis. J’ai retrouvé tout de suite des supers sensations. C’était assez incroyable et mon père a été encore plus bluffé que moi.

Du coup, j’ai continué à skier avec mes amis et je me suis accroché à ça pendant ma rééducation, au fait que je puisse continuer à pratiquer beaucoup des sports que j’aime. Le médecin qui m’a accompagné m’a bien aidé au niveau mental, en me montrant qu’il faisait encore beaucoup de choses et que ce serait possible pour moi aussi. Il a aussi aidé mes parents dans ce passage difficile. Le fait de le voir marcher et être très actif, ça les a rassurés. Mes amis m’ont aussi beaucoup aidé, en prenant le temps de m’emmener partout au début, le temps que je redevienne autonome et que je me réadapte.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le ski alpin ?

Jordan Broisin: Ce qui me plaît c’est la sensation de glisse, on est hyper libre sur une piste de ski. Et le décor… la vue sur les montagnes le matin, c’est vraiment quelque chose.

Jordan Broisin, comment en êtes-vous venu aux compétitions handisport ?

Jordan Broisin : Mon accident est survenu quand j’étais en classe de seconde. En première, je n’ai pas du tout fait de sport au lycée car je faisais ma rééducation. Mais en terminale, au moment de préparer le bac, mon prof d’EPS voulait quand même que j’essaye de passer les épreuves de sport. Il m’avait aménagé les épreuves de base et je savais qu’il y avait une option ski donc je l’ai demandée. J’ai été l’un des seuls à demander cette option sur cette année et ils ont fait venir une personne spécialisée pour le handicap afin d’organiser l’épreuve adaptée et d’aménager le chronomètre. À la fin de la partie sportive de l’épreuve, il y avait aussi un entretien : l’évaluateur pose des questions sur la connaissance du sport en général et cela compte pour une partie de la note. Mais au final, il m’a fait parler de mon handicap et il m’a dit qu’avec ce que j’avais montré sur l’épreuve et mon goût pour le ski, je pouvais faire des compétitions handisport et que ça me plairait sûrement.
Il m’a expliqué que l’ambiance en handisport était très différente. Car en fait il y a aussi autre chose qui m’avait poussé à arrêter quand j’étais plus jeune, c’était l’ambiance qui était un peu trop concurrentielle, surtout qu’à l’adolescence les sportifs sont parfois durs entre eux et peuvent se descendre les uns et les autres. L’évaluateur m’a rassuré sur ce point et m’a dit qu’en handisport c’était plutôt l’inverse, que les gens sont là pour se faire plaisir et s’entraider.

L’idée a donc fait son chemin…

Jordan Broisin : Tout à fait. Deux ans après – car j’ai fait une classe prépa à Lyon entre temps – j’ai suivi son conseil. J’ai contacté un club, le Handisport lyonnais. Ils m’ont aidé et ont tout fait pour que je puisse participer à une compétition. J’ai passé un super moment, j’ai fait un bon résultat avec un podium sur ma première coupe de France… ce qui a été très encourageant. Le fait de partager des choses avec des personnes qui avaient un peu les mêmes handicaps, c’était assez enrichissant.

Du coup, l’hiver suivant, j’ai refait toutes les coupes de France, tout en étant en école d’ingénieur à Grenoble. En 2014, j’ai aussi demandé un aménagement pour aller aux championnats de France qui se déroulaient sur une semaine en fin de saison. Et c’est là que j’ai rencontré tous les athlètes de l’équipe de France qui revenaient des Jeux de Sotchi. J’ai beaucoup échangé avec eux pendant toute la semaine, ils étaient très sympas et m’ont raconté leurs expériences sur les Jeux. Ça me donnait envie et vu que mes résultats étaient bons, je me suis dit que j’avais ma chance et de fil en aiguille j’ai été pris dans l’équipe de France. J’ai participé aux entraînements, j’ai progressé. Je suis allé en coupe d’Europe, en coupe du monde. Depuis 2014, mes résultats s’améliorent et maintenant en route pour Pékin !

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les championnats du monde des parasports d’hiver auxquels vous venez de participer ?

Jordan Broisin : Cette année, c’est la première fois qu’on était tous ensemble, avec les athlètes de toutes les disciplines réunis au même endroit. Globalement, c’était un super événement et tout était très bien organisé. C’était sur le site des Jeux Olympiques de 1994. Il y avait un symbole mais surtout nous avions des superbes pistes et des conditions incroyables pour faire de belles choses. Je me suis régalé là-bas.

Avez-vous tiré des enseignements de cette compétition pour votre préparation ?

Jordan Broisin : Complètement. Je m’étais donné comme objectif de remporter une médaille soit sur les championnats du monde, soit sur les Jeux de Pékin. Donc forcément, ce qui n’a pas bien fonctionné sur cette compétition, ce sera corrigé aux Jeux. Et même pour le format des épreuves qui s’enchaînent à peu près dans le même ordre, c’est une très bonne préparation. Cela permet de voir si on est en forme et si on est capable de suivre le rythme.

Comment abordez-vous les Jeux Paralympiques de Pékin et quelles seront vos ambitions ?

Jordan Broisin : Je vais l’aborder plutôt comme une compétition lambda, pour ne pas me mettre la pression. Je sais que je suis capable de faire de bons résultats mais comme sur les autres compétitions. Pour l’avoir vécu aussi, je m’étais dit qu’en fait c’était juste une grosse coupe du monde, avec les médias en plus. Concernant mes ambitions, si je peux remporter une médaille là-bas, ce serait magique. Même si l’objectif c’est aussi d’arriver en bas en me disant que j’ai donné le meilleur de moi-même.

Les Jeux, c’est quand même un événement symbolique. Tout le monde s’y intéresse. C’est le moment où le handisport a de la visibilité. Du coup, c’est le moment de tout donner pour faire en sorte que ça rayonne. On est plusieurs dans l’équipe à avoir regardé les Jeux Paralympiques et avoir été inspiré comme ça par le ski. Donc il y a aussi cet enjeu de donner envie à d’autres personnes de pratiquer des sports d’hiver.

Justement, souhaitez-vous adresser un message aux personnes en situation de handicap qui hésitent à pratiquer un sport d’hiver ?

Jordan Broisin : Aujourd’hui il y a des clubs handisport un peu partout, qui mettent beaucoup de choses en œuvre pour rendre le sport accessible à tous. Si on a envie d’y aller, il faut y aller ! Ne pas hésiter à se rapprocher d’un club, et si un club dit non, ne pas hésiter à aller en voir un autre. Il y a plein de gens, dans de nombreuses stations, qui se mobilisent pour emmener un maximum de personnes en situation de handicap sur des pistes de ski. Et même pour les personnes qui sont peu autonomes, il existe des solutions accompagnées pour donner des sensations de glisse vraiment proches du ski. Il ne faut pas se mettre de barrière. Le handisport est un milieu très ouvert et c’est un moyen de se valoriser à travers la pratique sportive.

Le palmarès de Jordan Broisin

2022 – Championnat du Monde à Lillehammer
5e en Slalom Géant
6e en Descente
9e en Super G
13e en Super Combiné

2021 – Coupes du Monde
Steinach
6e en Slalom Géant
8e en Super G
Saint-Moritz
6e en Super G
7e en Slalom Géant

2019 – Championnat du Monde à Sella Nevea
8e en Super G
10e en Slalom
12e en Descente
12e en Slalom Géant

2018 – Jeux Paralympiques de Pyeongchang
14e en Slalom Géant
14e en Descente

Pour plus d’informations sur les Jeux Paralympiques de Pékin 2022, rendez-vous ici : https://olympics.com/fr/beijing-2022/paralympiques

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