La belle qui marchait jusqu’à la mer

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Héroïne du documentaire, Je marcherai jusqu’à la mer, Alexandra Borrot revient de loin. Enfermée dans le locked-in syndrome suite un accident, elle a retrouvé, avec courage et détermination, l’usage de ses membres et de la parole.

 

La fin de la projection presse du documentaire qui lui a été consacré, Alexandra déclare « Je voudrais me lever ». Et ça, elle le veut, depuis son accident. « J’étais comme morte ici à Berck, et je me suis dit qu’un jour, si je m’en sors, je marcherai jusqu’à la mer. ». Et, grâce à la rééducation, elle arrivera à faire quelques pas jusqu’à la mer, cet immense symbole de liberté. C’est suite à une rencontre avec cette pétillante jeune femme rousse que Stéphanie Pillonca Kervern a réalisé sur elle un documentaire de 52 minutes Je marcherai jusqu’à la mer. Le film montre la vie quotidienne de la jeune femme dans son studio adapté d’une maison d’accueil spécialisée, sa rééducation, ses loisirs parfois impressionnants comme un saut en parachute, ou plus ordinaires, comme la drague sur internet…

 

un accident à 18 ans

Tout juste majeur, Alex est tombée la tête la première dans un escalier en marbre. Traumatisme crânien. La jeune femme se retrouve en fauteuil roulant. Elle va rester deux ans enfermée dans un locked-in syndrom. Alors que les médecins la disent condamnée à l’état végétatif, son énergie incroyable et le soutien indéfectible de son père vont l’aider à s’en sortir. « J’ai toujours pensé qu’elle était vivante, qu’elle allait s’en sortir, explique son père qui se souvient de l’accident dans les moindres détails. Quand je voyais ses yeux bouger, on me disait que c’était mon imagination. » « Au début, ça a été dur d’apprendre à me battre, mais petit à petit, c’est devenu une philosophie, raconte Alex. J’estime que ma vie ne va pas s’arrêter parce que je suis encore trop souvent en fauteuil ! Elle est juste devenue différente, je suis ainsi sortie du lot, où est le problème ? ». Alex a passé deux ans au centre de rééducation de Berck. C’est là qu’elle s’est fait la promesse, un jour, de traverser la grande plage en marchant jusqu’à l’océan. Et sa promesse, elle l’a tenue, sous la caméra de Stéphanie Pillonca Kerven.

 

17 ans après l’accident, vedette d’un documentaire

C’est lors d’un débat au festival Retour d’Images que sa route croise celle de Stéphanie Pillonca Serven, réalisatrice. Lorsque la salle s’est vidée, Alex s’est dirigé vers elle ; Stéphanie l’a trouvée haute en couleur. Alex lui a donné les références de ses blogs où elle se dévoile. Étonnée et un peu choquée, Stéphanie observe cette jeune femme très active : slam, danse, équitation… Un jour, des photos postées sur Facebook ont donné à Stéphanie Pillonca Serven envie de tourner un documentaire sur elle. Alex lui confie des petites chroniques. La vie ne s’arrête pas à un accident. Pour Stéphanie, elle va se dévoiler dans le documentaire Je marcherai jusqu’à la mer qui a été diffusé sur Arte le 4 avril dernier. Elle vit seule dans un studio de la maison d’accueil spécialisée de l’Ordre de Malte, dans le XXè, où elle est également suivie par un médecin, une orthophoniste et un kiné. Elle réserve en général ses matinées à la rééducation, et programme rarement ses après-midi, car « en devenant modèle photo, j’ai compris qu’il était inutile de trop prévoir à l’avance ! Je mets déjà beaucoup plus de temps qu’une personne valide à me préparer et y’a toujours des empêchements inattendus, imprévi-sibles (pour un shooting par exemple). Donc je m’adapte… » En effet, pour gagner sa vie et compléter son allocation, Alex pose pour des photos. Quand elle était valide, elle détestait poser, et, après l’accident, elle s’est rendue compte qu’elle aimait ça. Elle ne demande pas d’argent en général. « C’est juste pour le fun. Quand j’arrive à vendre un de mes dessins, je trouve ça bien plus méritant ! ». Alex a en effet un bon coup de crayon et dessine et peint de façon réaliste autant qu’abstraite avec un certain talent. La jeune femme n’a pas envie de travailler pour l’instant. « Je suis paresseuse et je préfère me donner à fond dans ma rééducation plutôt que de m’éparpiller en allant bosser ailleurs ! ».

 

l’amour, peut-être ?

Coquette, elle se maquille, s’épile elle-même, héroïque, elle aime porter toutes sortes de chapeaux. Elle passe beaucoup de temps sur internet, entre autres sur adopteunmec.com, mais de moins en moins, car elle aimerait mieux rencontrer quelqu’un par hasard. Au fond, elle cherche sans vraiment chercher « car ma vie est déjà assez compliquée comme ça », et elle n’a pas envie d’imposer son handicap à quelqu’un d’autre. Pour se distraire, elle va parfois au cinéma ou à des soirées de slam. Elle est restée 5 ans complètement muette, puis incompréhensible pendant 15 ans. Et « le slam m’a sauvé ». La pratique de cet art lui a permis de progresser énormément en langage et en élocution. Elle pense progresser encore « Je n’arrive pas encore à faire des rimes, mais ça viendra ! ». Pour les besoins du film, elle a rencontré Grand Corps Malade, un beau moment d’émotion et de partage. Sa famille, son père essentiellement, est très proche d’elle. Elle a une sœur et un neveu à la Réunion où elle est allée leur rendre visite l’hiver dernier, ce qui lui a permis de poser encore pour des photos.

progresser, par tous les moyens

Alex poursuit aujourd’hui ses progrès. Elle continue le slam, qui lui permet de mieux parler, et aimerait aller en rééducation au Normandy à Granville pour y essayer le lokomat, une machine qui pourrait l’aider à mieux marcher. Mais son grand projet, pour l’instant, est de s’installer seule dans un studio offert par son père. Pour le reste, elle ne sait pas trop. « Déjà, le documentaire, je m’y attendais pas, et j’attends de voir ce qu’il va provoquer ». Peut-être, de faire éditer ses textes ?

Caroline Lhomme

Le film Je marcherai jusqu’à la mer est disponible en vidéo à la demande sur le site d’artefrance.

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