Le mannequinat n’est plus réservé aux personnes valides

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Par Véronique Barreau, responsable du labo Wicci for the world, laboratoire d’idées et d’innovations mode, beauté et handicap. Journaliste spécialiste de la diversité. 

 

Rêver, oser, y croire, travailler, se surpasser. Voila certainement ce qui a permis l’ascension de João Matias dans le monde de la mode portugaise. Premier mannequin en fauteuil dans son pays, il assume aussi les fonctions de booker dans une grande agence à Lisbonne.

 

Parlez-nous de votre quotidien… comment s’organisent vos journées de travail ?

En tant qu’agent de mannequin, je me dois de consacrer 100% à mes fonctions, et d’être parfois disponible 24h/24h. Je gère les contrats et l’agenda de nombreux mannequins, et tous nos clients et partenaires exigent beaucoup d’investissement, d’efforts et de disponibilité de ma part. En tant que mannequin masculin, je fais aussi beaucoup de castings. Mes journées commencent donc tôt le matin à l’agence, pour finir tard dans la nuit ou au petit matin.

 

Avez-vous toujours rêvé de travailler dans le secteur de la mode ou bien est-ce arrivé un peu par hasard ?

Un jour, un photographe de mode m’a proposé de faire quelques tests photos après un défilé amateur auquel je participais en tant que mannequin. J’ai envoyé ces photographies à plusieurs agences portugaises, juste pour m’amuser, et plusieurs d’entre elles ont été intéressées. La mode n’a jamais été un rêve pour moi mais je peux vous dire par contre que je vis aujourd’hui une expérience formidable !

 

Vous gérez la carrière de nombreuses jeunes femmes. Comment se comportent-elles avec vous ?

On dit qu’une des qualités de l’agent, c’est avant tout d’être le meilleur ami de ses mannequins. Je suis constamment entouré de femmes, puisque l’agence est majoritairement positionnée sur ce secteur. Nous sommes collègues mais nos relations sont aussi souvent amicales. Un bon agent doit être un bon ami, et savoir instaurer et maintenir une relation de confiance.

 

On dit que le milieu de la mode est impitoyable. Êtes-vous d’accord ?

Je suis tout à fait d’accord! Être mannequin n’est pas facile. Un beau visage et un corps bien sculpté ne suffisent pas. Celui qui n’a pas l’attitude et le savoir-être du monde de la mode ne percera jamais. Beaucoup de mannequins ne font pas carrière parce qu’ils n’ont pas l’attitude requise.

 

Cet univers est donc très exigeant. Quels ont été vos plus grands défis ces derniers temps?

Être le premier à montrer la voie n’est jamais facile. Mon plus grand défi fut certainement de prouver que j’étais capable et que je pouvais faire le même travail qu’un « valide » alors que je suis en fauteuil. Au début de ma carrière, j’exigeais qu’on me photographie uniquement en dehors de mon fauteuil roulant. J’accepte seulement depuis quelques temps les productions avec mon fauteuil…

 

Comment expliquez-vous cette évolution ?

Je n’ai plus aucune raison de refuser ce type de travail. Je fais simplement ce que l’équipe me demande de faire, et si certains souhaitent des photographies avec mon fauteuil, je le fais. Si j’exigeais au début de ma carrière des photoshoots sans fauteuil, c’était essentiellement pour prouver que je pouvais être un mannequin à part entière, et peut-être même meilleur qu’un mannequin debout.

 

Avez-vous des rêves et des projets pour l’avenir ?

J’aimerais véritablement pouvoir défiler sur la fashion week portugaise, Moda Lisboa et Portugal fashion. Je suis certain que l’opportunité se présentera un jour, je ne sais pas quand, mais l’occasion surgira, tout comme cette opportunité s’est déjà présentée pour d’autres mannequins en fauteuil dans d’autres pays ces derniers mois. Être en fauteuil ne doit pas m’empêcher d’accéder à ce que la société souhaite à priori réserver aux personnes valides.

 

Photo © Erik Reis

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