Mode-beauté: Cette mode si (f)utile

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« Je ne comprends pas qu’on accorde autant d’importance à la mode, c’est tellement futile… », me confiait dernièrement une éducatrice spécialisée. La futilité de la mode est un concept assez courant ; vue comme une petite chose légère, parfois décalée, arbitraire, folle ou stupide. À en croire certains, être à la mode renverrait à un choix presque décérébré. Perçue comme le champ du fluide et du superflu, n’apporte-t-elle pas aussi, si on prend le temps de l’observer, des indications précieuses sur ses hôtes en matière de modernité, d’appartenance, d’apparence, et même d’identité ?

 

Le vêtement nous protège certes du climat, des intempéries, des écorchures aussi, mais cette fonction unique du vêtement nous ferait presque passer pour des mammifères un peu douillets et dépourvus de fonction sociale. Le fait est que nos dressings regorgent d’articles en tous genres, que les soldes sont toujours victimes de leur succès, et que nous pouvons passer un temps phénoménal à choisir la bonne tenue pour la bonne occasion. La mode est-elle alors si futile ou au contraire pleine de sens ? Chaque jour au travail, dans la rue, dans les transports en commun, nous sommes spectateurs de looks et de modes aussi divers que variés; la multiplicité des expériences nous amène peu à peu à associer apparences et caractéristiques propres des individus. Ainsi se forme tout naturellement le stéréotype, le vêtement devenant progressivement un indicateur de notre image et de celle des autres. Les tenues que l’on porte ont un langage bien défini, et envoient des messages au monde extérieur. C’est ce qu’on appelle « le langage vestimentaire ». Il nous permet de nous distinguer les uns des autres, parfois même en un clin d’œil. Ainsi, à quoi pensez-vous si je vous parle de la femme bimbo, du look rappeur? Du baba cool? Du satanique ou du gothique? Quelles sont les images qui vous viennent à l’esprit ? Il y a fort à parier que nos esprits rassemblent les mêmes images car ces looks font partie de notre culture visuelle inconsciente. Les lignes, les coupes, les textiles, les breloques et autres artifices forment un paysage qui nous donne une première impression, comme un univers sensoriel qui nous est familier. Un sensoriel confortable et sécurisant parfois, vivifiant et régénérant d’autres fois ; comme il est bon de se jouer dans l’habit du business man, ou de celui du parfait petit golfeur, de s’offrir le dernier look randonneur ou de jouer le typique campeur des flots bleus. Ressembler « aux autres » de temps en temps est bon pour la santé. C’est un apaisant pour l’âme et un tonifiant de l’estime de soi. Le vêtement permet aussi cela : faire l’expérience de ce qu’on pourrait être et recevoir de nouveaux regards sur soi. 

 

Être et paraître, telle est peut être véritablement la question. Notre propre mode, qui signe une partie de notre identité, parle de nous, de nos convictions et de la part d’image que l’on souhaite offrir à l’autre.  Mais le vêtement interroge en réalité tellement notre intime que bon nombre d’entre nous ont une certaine réticence (ou même un mépris) à l’investir, le vivre pleinement et en assumer ses attraits… Tourner le dos aux vitrines, c’est peut être finalement dévoiler sa crainte en matière d’image et éviter aussi le risque d’être regardé différemment. 

 

Par Véronique Barreau, responsable du labo Wicci for the world, laboratoire d’idées et d’innovations mode, beauté et handicap. Journaliste spécialiste de la diversité.

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