Rescapé du Bataclan : Pierre et Myriam Cabon à la conquête du monde

Rescapé du Bataclan : Pierre et Myriam Cabon, à la conquête du monde
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Rescapé de l’attentat du Bataclan devenu paraplégique, Pierre Cabon forme un couple « handi-valide » avec Myriam. Au travers de cet entretien, ils présentent leur histoire et leur média dédié aux voyages avec un handicap, Wheeled World. 

Avant Wheeled World, il y a eu le soir du 13 novembre 2015, où vous avez reçu une balle dans la moelle épinière. Vous êtes un rescapé du Bataclan. Qu’est-ce qui vous a fait tenir ? 

Pierre : Pendant toute cette soirée-là, j’ai pensé à Myriam pour rester éveillé et en vie jusqu’au lendemain et pour pouvoir voir la suite.

Que proposez-vous à travers Wheeled World ? 

Myriam : Wheeled World, c’est le média de l’aventure pour tous qui se partage à la fois sur un blog et des réseaux sociaux. Notre objectif est de donner un maximum d’informations pour montrer aux gens que le voyage est accessible à tous en ayant des bons coéquipiers et un bon équipement. Ce projet de média a été pensé pour permettre à des personnes en situation de handicap et des valides de vivre des expériences de voyages sympathiques. De préférence en pleine nature. En France ou aux quatre coins du monde.

D’où vous vient cette passion commune pour le voyage ?

P : Quand on s’est rencontrés, nous avons rapidement su que nous aimions le voyage tous les deux avant que je sois blessé. Une fois que je suis passé en fauteuil, nous avons eu envie de continuer. Nous sommes d’abord partis au Canada, puis aux Etats-Unis. Lors de ces voyages, nous avons testé plein d’activités et de fil en aiguille, nous avons créé Wheeled World pour partir faire un tour du monde.

Votre amour l’un pour l’autre vous a-t-il renforcé dans la mise en œuvre de ce projet ?  

M : Nous sommes tout aussi passionnés par le voyage qu’animés par l’envie de le partager avec les autres. Je pense que le projet nous a rapprochés. En faisant plusieurs voyages et activités qui nous mettaient nous-mêmes en difficulté parfois, cela nous a permis de mieux nous comprendre.

Quelles ont été ces difficultés ? 

P : Nous devions partir pour une durée de 14 mois avec 3 mois sur chaque continent. Rien que pour réserver les hôtels d’Amérique du Sud, cela m’a pris trois mois pour qu’ils soient au bon endroit et assez accessibles. Ça a été la croix et la bannière pour être sûr de pouvoir se reposer !

Avez-vous pensé que ce projet serait trop compliqué à mettre en place ?

M : Non, parce que quand on se fixe un objectif on ne se dit jamais qu’il n’est pas réalisable. Nous nous assurons avant de regarder quelles sont les solutions pour y arriver.

Comment avez-vous sélectionné les destinations de ce tour du monde ?

M : Nous avons commencé en choisissant des pays d’Amérique du Sud, praticables en fauteuil. Nous avons sélectionné les destinations en fonction des saisons de chaque continent. Passer le Nouvel An en regardant les feux d’artifices de l’Opéra de Sydney, c’est sublime ! Traverser la Nouvelle-Zélande en tandem par beau temps, c’est encore mieux ! La pandémie de Covid-19 a interrompu notre périple mais nous devions aussi aller en Afrique et en Asie.

Quelle est votre plus belle réussite ?

P : Nous avons beaucoup de coups de cœur comme l’Argentine ou l’île de Pâques qui étaient assez incroyables, mais la traversée de la Nouvelle-Zélande en tandem nous a rendu fiers. Nous l’avons réussie sans aucun entraînement sur 700 kilomètres.

Rescapé du Bataclan : Pierre et Myriam Cabon, à la conquête du monde

Pierre, rescapé du Bataclan et sa femme Myriam traversent la Nouvelle-Zélande en tandem lors de leur tour du monde Wheeled World © Nicolas Sebag

Dans les pays visités, lesquels étaient les plus accessibles ?

P et M : L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont des pays très accessibles car ce sont des pays anglo-saxons avec plus de normes handicap. Sinon, en Amérique du Sud, nous avons eu beaucoup de surprises, surtout dans les villes. La Paz en Bolivie avec son téléphérique accessible, Buenos Aires et Rio sont de chouettes villes. Les États-Unis incarnent le summum de l’accessibilité, le Canada est très bien fait aussi. En Europe, on peut citer l’Espagne et l’Allemagne.

Quelles activités de loisirs adaptées avez-vous pratiquer ?

P et M : Nous avons fait beaucoup de choses, sur terre, sur mer ou dans les airs. Du kayak, du surf, du parachute, mais aussi du chien de traîneau avec et sans neige !

À l’étranger, quel rapport au handicap avez-vous pu ressentir ?

P : Je pense que le handicap est plus facilement accepté dans d’autres pays où le handicap se voit plus. Les personnes en situation de handicap se déplacent mieux et l’on perçoit une véritable entraide dans les pays d’Amérique du Sud, par exemple. Ce sont des pays avec moins de moyens donc les gens sont toujours prêts à aider.

M : Il y a une vraie curiosité, saine, de chacun qui a permis d’atteindre des objectifs que l’on n’aurait pas pu atteindre à nous deux. Le handicap est une différence parmi d’autres qui doit être banalisée.

Un mot de la fin pour les lecteurs d’Handirect ? 

M : Déjà, ils devraient lire notre blog (rires) ! À force de nous mettre nous-mêmes des limites, nous nous sommes rendu compte que l’on se prive de plein de belles expériences. Il faut donc oser essayer. Pour suivre les futures aventures de Pierre, rescapé du Bataclan et de sa femme Myriam, rendez-vous sur leur blog.

Propos recueillis par Alex Renaud-Bourbon

En photo : Pierre, rescapé du Bataclan et sa femme Myriam Cabon profitent du paysage martiniquais © Nicolas Sebag

Article publié dans le magazine Handirect hors-série n°1 spécial tourisme et loisirs accessibles : À télécharger en cliquant ici

 

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