Retour à Sochi avec Thomas Clarion : « Deux médailles, ça fait du bien au ski de fond français ! »

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Thomas Clarion, 31 ans, athlète déficient visuel licencié au club d’Annecy, a particulièrement bien tiré son épingle du jeu lors des jeux Paralympiques de Sochi. Il est en effet revenu en France avec deux médailles de bronze remportées en ski de fond avec son guide Julien Bourla : la première sur le relais par équipe 4 x 2,5 km avec Benjamin Daviet, la seconde sur l’épreuve du 10km. Il nous fait part de ses impressions au retour de Sochi.

 

Qu’est-ce que ça fait d’être double médaillé olympique ?

 

C’est réellement quelque chose d’énorme ! Je m’étais projeté dans les compétitions avec l’ambition d’obtenir de bons résultats comme tout sportif. J’avais déjà gagné des titres auparavant… mais là, une médaille olympique, ça prend une ampleur vraiment importante et ça parle à plus de monde que les compétitions du circuit handisport, qui restent encore confidentielles. C’est différent et impressionnant. D’autant plus que les Jeux paralympiques ont été plus médiatisés cette année. Les gens ont pu suivre les épreuves et se rendre compte de ce qu’est le handisport et du niveau qu’il permet d’atteindre. C’est aussi une façon de montrer que le handicap n’empêche pas de faire du sport à tout niveau pour quelqu’un qui est sportif dans l’âme.

Ces victoires sont bien sûr partagées avec mon guide Julien Bourla et toute l’équipe qui nous soutient en amont. Et les médailles ont d’autant plus de valeur qu’elles résultent d’un gros travail collectif mené pendant quatre ans pour mettre toutes les chances de notre côté lors de ces Jeux. Je pense qu’on peut être fier de notre parcours aujourd’hui.

 

Plus globalement, quel est votre état d’esprit au retour de ces Jeux Paralympiques ? Êtes-vous satisfait ? Quel est le meilleur souvenir que vous gardez ?

 

Je ne peux être que satisfait. J’espérais accrocher une médaille, en avoir deux c’est génial. Cela permet également de montrer que les athlètes du ski handisport français sont présents. Mon meilleur souvenir restera l’arrivée du relais par équipe. C’est vraiment super de faire ça avec des copains ! C’est déjà une chance de pouvoir pratiquer un sport individuel à deux mais avec une équipe c’est encore mieux, et je pense que si nous sommes arrivés jusque là c’est parce qu’on avait tous vraiment confiance les uns dans les autres.

 

Quel est l’impact de ces victoires sur la pratique du ski handisport ?

 

Deux médailles, ça fait du bien au ski de fond handisport français. C’est une très bonne chose car nous n’avions pas eu de médailles à Vancouver, ce qui est toujours embêtant pour un sport. Là nous n’étions pas favoris mais ça a bien fonctionné. Aujourd’hui, les progrès réalisés en ski nordique et notamment en biathlon debout sont considérables. On va presque aussi vite qu’en valide, et entre le premier et le dixième il n’y a que quelques secondes d’écart. Par contre nous n’avons pas encore la chance d’avoir des féminines à haut niveau dans cette discipline, c’est vraiment ce qui manquerait au ski nordique handisport aujourd’hui, mais on espère avoir suscité des vocations.

 

Pouvez-vous nous parler de votre handicap ?

 

Je suis totalement aveugle. J’ai perdu la vue à 21 ans à la suite d’une arythmie pigmentaire, maladie génétique dégénérative de la rétine. Avant cela j’étais malvoyant. Je faisais déjà beaucoup de sport et du ski de fond en loisirs. J’ai décidé de continuer après et de passer au haut niveau. En commençant les compétitions handisport, j’étais content de pouvoir me dire : « Voilà, nous sommes tous en situation de handicap visuel, il n’y a plus de différence, on oublie le côté handicap et on ne se confronte que sur le sport ». C’est ce qui m’a tout de suite plu.

 

Que représente le sport pour vous aujourd’hui ?

 

C’est un moyen d’épanouissement personnel. J’ai besoin de cette dépense physique et de passer du temps à l’extérieur. C’est aussi un bon facteur au niveau social. Je rencontre beaucoup de gens par ce biais. Je suis passé dans les mains de nombreux guides et je garde un bon souvenir de toutes ces personnes. Ce sont de belles rencontres qui s’enchaînent depuis une dizaine d’années – depuis que je fais des compétitions.

 

En dehors de votre pratique sportive vous êtes kinésithérapeute. Ce n’est pas trop compliqué de s’entraîner à un sport de haut niveau tout en menant une vie professionnelle ?

 

C’est un peu compliqué… mais j’ai la chance d’avoir des aménagements dans le cadre de mon travail –  en contrat d’insertion professionnelle –, ce qui me permet de me libérer pour effectuer mes stages et compétitions. Ce n’est pas la solution de facilité, mais c’est une chance et je suis content de travailler parce que cela m’apporte un équilibre. Autant j’aime faire du sport, autant j’aime aussi mon métier. Rendre service aux autres, c’est quelque chose que je ne peux pas trop faire dans le quotidien à cause de mon handicap… et de le faire dans le cadre de mon métier ça me fait du bien, et exercer me donne le sentiment d’être utile aux autres. Mais c’est vrai qu’il n’y a que des professionnels dans ma catégorie sportive. Après c’est aussi une question d’organisation. C’est plus compliqué que de rester assis dans le canapé mais si je ne faisais pas tout cela je m’ennuierais !

 

Comment envisagez-vous l’avenir aujourd’hui ? Allez-vous poursuivre les compétitions ?

 

Oui, je vais essayer de poursuivre. Je me rends compte que si j’arrête ça me manquera beaucoup. Je n’ai pas encore fini. Si je n’avais que de mauvais résultats, peut-être que ça m’aurait dégoûté mais là j’ai envie de continuer et je me sens en forme physiquement.

 

Quels sera votre prochain objectif ?

 

Mon prochain objectif sera de réussir les Mondiaux 2015 de ski nordique handisport qui auront lieu aux États-Unis, à Cable, dans le Wisconsin. Ils devraient réunir 180 athlètes, représentant 20 pays.

 

Propos recueillis par Caroline Madeuf.

 

Cet article a été réalisé en partenariat avec la team d’athlètes handisport Malakoff Médéric dont fait partie Thomas Clarion.

 

 

 

Le palmarès de Thomas Clarion

 

Saison 2008-2009

Vainqueur de la Coupe du monde de biathlon.

Saison 2009-2010

5e du biathlon long, Jeux paralympiques de Vancouver (Canada).

Saison 2010-2011

5e de la moyenne distance, Championnats du monde de Khanty Mansiysk (Russie).

Saison 2011-2012

2e du biathlon court, Coupe du monde à Cable (USA)
2e de la moyenne distance, Coupe du monde à Cable (USA)
3e de la longue distance, Coupe du monde à Cable (USA)
5e du classement général à la Coupe du monde de ski 2011-2012
Double champion de France de ski et de biathlon en 2012 à Chamonix-Mt-Blanc. 

Saison 2012-2013

4è de la moyenne distance, Coupe du monde à Vuokatti (Finlande)
4è au relais, Championnats du monde à Solefftea (Suède)
5è du sprint à Sochi (Russie)
Double champion de France en ski et en biathlon (Gap).

 

Saison 2013-2014

2e au sprint, Coupe du Monde Oberstdorf

3e au relais par équipe 4 x 2,5 km avec Benjamin Daviet (Paralympiques de Sochi)

3e au 10km (Paralympiques de Sochi).

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