Sorties et loisirs: « Le tourisme adapté est à la fois un challenge et un atout »

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Luc Thulliez est chargé de mission accessibilité-sécurité à la sous-direction du tourisme au sein de la Direction générale des entreprises. 

 

Pouvez-vous nous présenter votre parcours et votre mission actuelle ?

 

Agent de l’Etat, de catégorie A, je suis, depuis un an, chargé de mission accessibilité-sécurité à la sous-direction du tourisme au sein de la Direction générale des entreprises (DGE) qui est un service rattaché au Ministère chargé de l’économie, également mis à disposition du Ministère des affaires étrangères et du développement international. Dans ce cadre, je suis plus particulièrement en charge du suivi et du développement de la marque Tourisme & Handicap et du label Destination pour tous.

Précédemment, j’ai travaillé notamment dans le domaine de l’action sociale interministérielle au ministère en charge de la  fonction publique.

 

Quel état des lieux faîtes-vous aujourd’hui du tourisme adapté en France ?

 

L’état des lieux du tourisme adapté en France doit être regardé à la lumière du rapport remis en 2013 par la sénatrice Claire-Lise Campion, à la demande du Premier Ministre, sur l’application de la loi du 11 février 2005. Cette loi prévoyait  de rendre accessibles aux personnes handicapées les transports et tous les bâtiments recevant du public (ERP) au 1er janvier 2015. Aux termes d’importants travaux, Madame Campion a ainsi fait le constat que la France ne serait « pas au rendez-vous en 2015 ».

 

Or les ERP, ce sont des palais de justice, des gares…mais aussi des hôtels, restaurants, musées…. C’est-à-dire des lieux où vont, ou plutôt, où voudraient aller les touristes en situation de handicap. Pour autant, des gestionnaires de sites ont rendu leurs établissements accessibles aux personnes en situation de handicap (auditif, mental, moteur et visuel).

 

Par ailleurs, les débats qui ont accompagné l’élaboration du nouveau cadre réglementaire ont contribué à faire bouger « les lignes » et beaucoup d’acteurs de ce domaine d’activité se mobilisent  notamment dans le cadre de la création de l’Agenda d’accessibilité Programmée (Ad’AP) qui ouvre la possibilité de poursuivre la mise en accessibilité mais dans un calendrier précis.

 

Enfin, de plus en plus de touristes revendiquent « un tourisme adapté ». 

 

Quel bilan peut-on faire pour les deux labels français ?

 

La Direction générale des entreprises et ses services en région que sont les DIRECCTE, favorisent la prise en compte de l’accessibilité dans le secteur du tourisme avec  la marque Tourisme & Handicap, qui est attribuée à un établissement ou à une prestation, et Destination pour tous qui est attribué à un territoire.

 

• Tourisme et handicap

Tourisme & Handicap (T&H) est une marque nationale, garante de la sécurité et de la qualité de l’offre touristique qui résulte de la collaboration entre la DGE, l’association Tourisme et Handicaps (ATH), les professionnels du secteur du tourisme, les collectivités territoriales et les associations représentant les personnes handicapées. T&H a pour objectif de développer une offre touristique (musées, hôtels, restaurants, offices de tourisme, pontons de pêche, parcours de promenade, etc.) adaptée, réellement ouverte à tous en donnant le choix à la personne en situation de handicap (handicap auditif, mental, moteur ou visuel) de partir en autonomie, seule ou en famille.

 

Les établissements labellisés peuvent être consultés et sélectionnés sur notre site des marques (http://www.entreprises.gouv.fr/marques-nationales-tourisme/presentation-tourisme-et-handicap).

T&H est attribuée pour une durée de 5 ans  aux professionnels et gestionnaires de sites qui ont rendu leurs établissements et leurs activités accessibles à au moins 2 des 4 familles de handicap. Il fonde la reconnaissance d’une réponse « volontaire » apportée à la demande des personnes handicapées en passant  du « pouvoir accueillir » que valide la loi au « vouloir accueillir » que sous-tend la marque et contribue ainsi à rendre la société plus inclusive.

 

T&H est un outil de promotion du tourisme tant sur le marché français que sur les marchés étrangers en développement (T&H est reconnue au niveau international). La marque connaît un réel succès. Au 31 décembre 2014, T&H comptait près de 5 200 sites dont près de 35 % accessibles aux quatre familles de handicaps.

 

Pour sa part, la DGE a engagé, en liaison avec ATH, le réseau national des destinations touristiques et 6 DIRECCTE (Centre, Haute Normandie, Poitou Charente, Languedoc Roussillon, Midi Pyrénées et  Rhône Alpes) une démarche de déconcentration de l’attribution de la marque et de dématérialisation du processus afin de rapprocher « le demandeur du décideur » et de simplifier le processus. Depuis le 1er janvier 2015, l’attribution déconcentrée est expérimentée dans les 6 régions précitées. L’objectif est d’engager la dématérialisation au 1er janvier 2016.

 

• Destination pour tous

En septembre 2013, à la suite du Comité interministériel du handicap (CIH), les ministères chargés des personnes handicapées et du tourisme ont créé le label Destination pour tous (DPT) afin de valoriser des territoires proposant une offre touristique cohérente et globale accessible pour les personnes handicapées (quatre familles de handicap) intégrant à la fois l’accessibilité des sites et des activités touristiques, mais aussi l’accessibilité des autres aspects de la vie quotidienne et facilitant les déplacements sur le territoire concerné (accessibilité de l’ensemble de la chaîne de déplacement).

 

DPT, 1er label d’État valorisant une destination touristique garantissant l’accessibilité de la vie quotidienne, ambitionne de développer et de promouvoir le tourisme inclusif, c’est-à-dire des destinations incluant les personnes handicapées, les personnes à mobilité réduite, en situation de handicap temporaire (personnes accidentées…) ou ponctuellement gênées dans leurs déplacements (familles avec poussettes, personnes âgées…).

 

DPT est attribué pour 3 ans dans le cadre d’une démarche de progrès à des territoires garantissant une offre touristique accessible au minimum pour 2 des 4 familles de handicap. Sur la durée de la labellisation, ces territoires s’engagent à mener des actions pour renforcer l’offre existante et permettre ainsi de se rapprocher des objectifs fixés par la loi en matière d’accessibilité

 

En 2014, la ville de Bordeaux a été labellisée Destination pour tous pour une offre touristique accessible pour les familles de handicap mental et moteur.

 

Le gouvernement porte le développement de la politique Destination pour tous. Pourquoi n’y a-t-il actuellement qu’une seule ville détentrice de ce label ?

 

Tout d’abord, il faut rappeler que le label Destination pour tous est récent (fin 2013). Ensuite, son développement s’inscrit dans un contexte marqué par la difficile mise en accessibilité de la société française. S’agissant du label lui-même, le dispositif appelle un travail important de la part du territoire en ce qui concerne la délimitation du périmètre, qui ne  doit être ni trop petit (constituer une destination de vacances) ni trop grand (pouvoir garantir  le déplacement du touriste sur ce territoire). Le pilotage doit être politique et technique et fédérer tous les acteurs publics et privés, et la définition de l’offre accessible doit intégrer l’accessibilité de l’offre touristique, de la vie quotidienne et des déplacements. C’est un véritable challenge pour le territoire !!!

 

La DGE, forte de ce constat, a décidé en 2015 d’aller vers les territoires intéressés par le dispositif en élaborant un guide méthodologique qui a vocation à aider les territoires à mieux comprendre ce qui est attendu et, ce faisant, à les aider dans la constitution de leur dossier. Le guide sera mis en ligne sur le site de la DGE au printemps et diffusé aux territoires qui en auront fait la demande. Simultanément, la DGE utilise tous les vecteurs dont notamment les salons (salon des maires, salon Urbaccess…) pour communiquer et informer sur le label. Nous espérons que cet appui concret pourra déboucher rapidement sur une relance des appels à candidatures !

 

Cette action de la DGE est coordonnée, en région avec les DIRECCTE, et avec les autres services ministériels (Délégation ministérielle à l’accessibilité et Direction générale des affaires sociales) et ATH (gestionnaire du label).

 

D’autres villes ou zones géographiques sont-elles également en bonne voie pour l’obtenir aujourd’hui ?

 

Plusieurs territoires sont inscrits dans la démarche et préparent leur dossier de candidature. On peut citer notamment les territoires de Balaruc-les bains et Canal du Midi en Languedoc-Roussillon.

La démarche engagée par la DGE s’inscrit dans la perspective du prochain appel à candidature.

 

Globalement, constatez-vous une évolution positive du tourisme adapté en France ? Si oui sur quels plans ?

 

Le tourisme adapté c’est accueillir les personnes en situation de handicap et à mobilité réduite mais aussi les personnes en situation de handicap temporaire, les personnes ponctuellement gênées dans leurs déplacements (familles avec poussettes, personnes âgées…) À cet égard, le tourisme adapté est une revendication croissante des « séniors ». C’est aussi une démarche citoyenne en développant l’accessibilité des services de la vie quotidienne (commerces de proximité, services de soin, d’aide et d’accompagnement, services ouverts au public) profitant aussi aux habitants du territoire.

 

Enfin, c’est aussi de fortes opportunités économiques. Beaucoup de professionnels et de gestionnaires de sites, engagés dans une démarche volontaire en faveur du tourisme inclusif, ont compris que cela constitue un véritable outil de promotion du tourisme sur le marché français mais aussi sur le marché étranger en développement (plus de 1 milliard de personnes selon l’Organisation Mondiale du Tourisme.

 

Quels sont selon vous les freins au développement du tourisme adapté aujourd’hui ?

 

Le 1er frein a été évoqué ci-dessus, il s’agit du retard pris dans la mise en accessibilité des établissements recevant du public, des transports… Ensuite la crise économique qui pèse, mécaniquement, sur les investissements nécessaires à la mise en accessibilité des établissements.

 

Quelles sont les pistes actuelles pour faire avancer les choses ?

 

Les touristes, qu’ils soient en situation de handicap ou séniors, revendiquent de plus en plus le droit à un tourisme adapté : c’est à la fois un challenge et un atout. Il reste donc à sensibiliser les acteurs du secteur du tourisme, tout comme les autres acteurs économiques concernés, à l’opportunité que représente le tourisme inclusif dans la promotion de la destination France. La DGE souhaite contribuer pleinement à ces actions de sensibilisation. C’est un objectif que nous nous sommes assignés pour les deux ans à venir.

 

Dans le domaine du tourisme adapté, comment situez-vous la France parmi les autres pays ?

 

Dans ce domaine, chaque pays développe une stratégie notamment en fonction de son degré d’accessibilité, de son offre touristique…

Pour autant, la politique française de développement de labels « touristiques » intéresse beaucoup les autres pays. Au sommet mondial Destinations pour tous, en 2014 à Montréal, le label Destination pour tous a reçu un écho très favorable des autres pays et des participants.

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