Access-i: Le tourisme adapté vu depuis la Belgique

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Alors que la France a adopté, à travers l’association Tourisme et handicap, les labels « Tourisme et handicap » et « Destination pour tous », la Belgique dispose quant à elle d’un outil spécifique baptisé Access-i. Éclairage avec Émilie Goffin, responsable de projet Access-i.

 

Access-i : Qu’est-ce que c’est ?

Access-i est le baromètre de l’accessibilité en Belgique francophone. C’est à la fois une méthode d’évaluation et un outil de promotion de l’information sur l’accessibilité des biens et services aux personnes en situation de handicap.

 

– Évaluation : Les gestionnaires – de bâtiments ou d’événements – qui le souhaitent, peuvent faire une demande d’évaluation de leur installation auprès d’auditeurs agréés, qui effectuent alors un état des lieux complet en termes d’accessibilité. Le niveau d’accessibilité de l’endroit est ainsi mesuré, puis résumé et traduit visuellement.

 

– Promotion – information : Les visuels obtenus permettent ensuite aux personnes en situation de handicap d’identifier facilement le niveau d’accessibilité des infrastructures auditées, avec pour chacune une fiche rédigée, et une mise en avant des atouts et faiblesses de chaque lieu, fiche publiée sur le site www.access-i.be.

 

Comment est né ce dispositif ?

Access-i est issu de la réflexion d’un collectif accessibilité créé en Belgique francophone en 2006 à l’initiative de plusieurs associations actives dans le domaine de l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap ou à mobilité réduite : le Collectif Accessibilité Wallonie- Bruxelles (CAWaB).

 

Après avoir créé un référentiel d’accessibilité, c’est ce collectif qui a mis sur pied « Access-i » en 2010, à travers un groupe de travail composé à la fois de professionnels de l’accessibilité et de représentants associatifs. Cet outil est ainsi basé sur le référentiel CAWaB et sur le résultat du consensus obtenu.

 

Access-i a commencé à évaluer dès 2011 les festivals qui s’engageaient en faveur de l’accessibilité pour tous et a octroyé les premières certifications en 2012. La méthodologie développée pour l’évaluation des bâtiments a été testée à partir de 2013, pour devenir effective en avril 2014, où 20 premiers bâtiments ont reçu un Access-i.

 

Comment se traduit Access-i concrètement ?

 

Le champ d’action d’Access-i couvre toutes les installations ouvertes au public, y compris pour des événements ponctuels. À chaque fois qu’une nouvelle installation est évaluée, des visuels et des couleurs lui sont attribués afin d’indiquer clairement le niveau d’accessibilité atteint pour chaque type de handicap.

 

– Des logos : Access-i distingue 7 grandes familles de personnes en situation de handicap, chacune étant associée à un logo : les personnes en fauteuil roulant (y compris personnes de petite taille, enfants, parents avec poussette, livreurs avec un diable… car les besoins sont similaires); les personnes marchant difficilement (englobant les futures mamans, les personnes se déplaçant avec une aide technique et celles souffrant de problèmes cardiaques ou respiratoires); les personnes aveugles; les personnes malvoyantes; les personnes sourdes; les personnes malentendantes; les personnes avec difficulté de compréhension (personnes déficientes intellectuelles, enfants, personnes ne maîtrisant pas la langue du pays).

 

– Des couleurs : Le niveau d’accessibilité correspondant à chaque catégorie de handicap est précisé grâce à une couleur : Si la case est verte, le lieu est accessible en autonomie. La PMR peut profiter sans aucune aide de tous les services et aménagements. Si la case est orange, le site est accessible avec un coup de main ponctuel. La PMR rencontrera quelques difficultés localisées, qui seront aisément effacées via l’aide d’une tierce personne. Si la case est grise, l’accessibilité n’est pas satisfaisante ou rien de spécifique n’est prévu. Même accompagnée, la PMR risque de ne pas pouvoir se déplacer dans toute l’infrastructure et/ou certains services seront inadaptés. Cela ne signifie toutefois pas que l’accès lui est proscrit.

Ainsi, lorsqu’une personne se renseigne sur une installation évaluée, il lui suffit de regarder la couleur associée aux logos des handicaps la concernant. La demande d’Access-i est une démarche volontaire de la part des structures. À noter qu’il s’agit d’une certification et non d’un label. Un label, on l’obtient ou on ne l’obtient pas… alors qu’un Access-i peut être délivré même si la structure est adaptée à un seul type de handicap, l’essentiel étant que les bonnes informations soient données au public.

 

Quels sont les différents critères évalués lors du processus de certification Access-i?

 

Les critères varient selon la nature de ce qui est évalué.

 

Bâtiments/sites : Cela concerne toutes les installations ouvertes au public telles que des hébergements, des infrastructures touristiques, des espaces culturels, des commerces, et des lieux de plein air (parcs, promenades…).

L’auditeur réalise une photographie de l’installation, mettant en scène uniquement l’accessibilité. Il ne s’agit donc pas d’un rapport de recommandations dans lequel des propositions d’améliorations seraient proposées.

4 aspects sont analysés :

–       le stationnement (places de parking adaptées, cheminement du parking jusqu’à l’entrée) ;

–       l’entrée (facilement repérable, porte maniable, différence de niveau compensée) ;

–       la circulation dans le bâtiment ou sur le site (accès aisé à tous les espaces publics, signalétique claire et continue) ;

–       l’utilisation des différents services (accès possible à tous les services, aménagements adéquats).

Un Access-i « Bâtiment/Site » est valable pour une durée de 3 ans. Le gestionnaire doit toutefois assurer l’entretien de son infrastructure tout en garantissant que rien ne vienne entraver l’accessibilité. Si Access-i est informé de manquements, le visuel octroyé pourra être retiré, même si le délai des 3 années n’est pas encore atteint.

 

• Événements : Festivals, matchs sportifs, concerts, marchés, brocantes…

L’anticipation est primordiale. Tout doit être prévu à l’avance pour que lors du montage, tout le matériel nécessaire soit disponible et que les monteurs sachent où et comment installer les podiums, câbles, stands, sanitaires etc.

Pour cela, un accompagnement est prévu. Il démarre au minimum 3 mois avant le début de l’événement. Une 1ère réunion est organisée entre un auditeur agréé et l’organisateur. L’auditeur et l’organisateur fixent alors des objectifs à atteindre et les aménagements à prévoir sont détaillés. S’ensuivent une série d’allers-retours (e-mail, téléphone ou face-à-face) pour répondre aux questions pratiques que se pose l’organisateur. Ce travail collaboratif permet à Access-i d’attribuer un « pré-visuel » avant l’ouverture de la manifestation. L’organisateur peut ainsi mettre en avant les niveaux d’accessibilité de son événement, avant son ouverture. Le 1er jour de l’événement, l’auditeur réalise une dernière visite sur le terrain et vérifie si les engagements annoncés sont respectés. Il confirme alors – ou modifie – l’Access-i octroyé. Vu le caractère éphémère des événements, l’Access-i n’est attribué que pour l’édition en cours. En fonction du type de manifestation, différents aspects sont débattus et pris en compte dans l’attribution du visuel : la présence de podiums réservés, l’aménagement des toilettes, l’interprétation en langue des signes, la possibilité de se garer aisément, la signalétique, la praticabilité des cheminements, l’accueil proposé, la présence de volontaires disponibles…

 

• Activités adaptées : Vu la multitude et la disparité des activités, Access-i a simplifié la procédure et propose aux organisateurs d’inscrire eux-mêmes leurs activités sur le site Internet d’Access-i. S’il y a bien un contact avec l’organisateur, aucun expert ne se rend sur place pour réaliser un audit. C’est pourquoi aucun visuel n’est attribué à ces activités. Les PMR intéressées sont donc conviées à vérifier la fiabilité des informations. Le type d’activités recensées est très varié : 

–       Sorties culturelles : visites de musée interprétées en langue des signes, séances de cinéma/théâtre audiodécrites…

–       Ateliers artistiques : arts plastiques, musique, théâtre…

–       Activités sportives : cours de plongée, randonnées en joëlette, cécifoot…

–       Vacances : séjours de ski pour personnes déficientes visuelles, voyages adaptés…

 

• Autour de : Access-i a également souhaité privilégier le concept de destination accessible. Partir quelques jours en vacances ne signifie pas rester cloîtré dans sa chambre et chaque touriste a envie de visiter les environs. Pour obtenir une offre globale, il fallait croiser les différentes facettes. C’est le principe adopté sur le site Internet dans l’onglet intitulé « Autour de ». Le visiteur mentionne la ville autour de laquelle il souhaite connaître le niveau d’accessibilité des installations référencées mais aussi les activités adaptées proposées. Il peut également filtrer les résultats en fonction d’un type de handicap. 

 

Actuellement, 22 structures ont reçu un Access-i et environ dix sont en attente. Une dizaine d’événements ont été certifiés depuis 2011, et une centaine d’activités adaptées ont déjà été répertoriées sur notre site internet.

 

Quel état des lieux faîtes-vous du tourisme adapté en Belgique aujourd’hui ? Et en matière d’accessibilité ?

– En matière de tourisme adapté, le constat est identique à celui des autres pays francophones. Malgré une évolution positive, l’offre reste faible et éparpillée. Il faut chercher un peu partout pour trouver et le public est de fait peu renseigné. Il y a aussi beaucoup d’auto-déclaration, donc des informations peu ou pas contrôlées et parfois fausses.

– Sur l’accessibilité, on perçoit depuis quelques années en Belgique une réelle prise de conscience et une volonté d’agir sur cette problématique. La loi française de 2005 n’a pas eu d’influence directe mais a joué sur les consciences et la réflexion. Le besoin d’accessibilité a été vraiment inscrit dans nos politiques depuis un an environ. Aujourd’hui, il y a une volonté mais pas encore de vrai plan d’action.

 

Quel regard portez-vous sur la situation française, en matière de tourisme adapté, puis en matière d’accessibilité ?

– Concernant le tourisme, on voit qu’il y a vraiment une dynamique en France. L’État semble s’être saisi de la chose. Depuis la Belgique, nous considérons la création du label Destination pour tous comme un vrai plus et une démarche globale très positive avec cette idée de territoire accessible, et non pas uniquement de structures ou de services accessibles.

– En matière d’accessibilité, nous avons perçu la loi de 2005 comme un séisme, qui a apporté beaucoup d’espoir chez certains et de craintes chez d’autres. Nous y voyons un aspect positif et en même temps nous comprenons aussi que les gens soient déçus que les textes n’aient pas encore été mis en œuvre. Nous en déduisons aussi que la contrainte n’est peut-être pas le meilleur outil pour répondre à cette problématique, et que les délais nécessaires sont difficiles à évaluer. En tout cas c’est stimulant de voir qu’une vraie réflexion a été entamée à nos portes, même si elle a ses forces et faiblesses.

Plus d’infos sur : www.access-i.be (site accessible aux personnes déficientes visuelles) et sur la page Facebook d’Access-i.

 

Photo : Émilie Goffin, responsable de projet Access-i, et Vincent Snoeck, président d’Access-i.

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