Accessibilité autoroutes : Traiter la « chaîne de déplacement »

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Cofiroute est une société d’exploitation d’autoroutes qui appartient au Groupe Vinci autoroutes avec ASF, ESCOTA, ARCOUR pour un total d’environ 4 000 km.  Cofiroute s’est engagée depuis 2005 dans une démarche d’amélioration de l’accessibilité de son réseau autoroutier aux personnes à mobilité réduite en s’appuyant sur la Fondation Garches dont elle est partenaire depuis 2001. L’objectif de ce travail commun concerne l’évaluation de l’accessibilité du réseau au regard de la réglementation en vigueur et au-delà, de rechercher les meilleures conditions de confort à offrir aux clients à mobilité réduite. Nathalie Manegrier nous parle de l’engagement de la société en faveur de l’accessibilité.

 

La démarche de Cofiroute a-t-elle été influencée par la loi de 2005 ?
Non, la démarche avait été engagée bien est antérieurement à la loi de 2005 puisque le partenariat avec l’hôpital de Garches remonte à 2001. Nous avons entrepris une visite du réseau avec une personne en fauteuil se déplaçant en véhicule adapté afin d’estimer les difficultés rencontrées, que ce soit au niveau des péages, des aires de services et de repos ou des bandes d’arrêt d’urgence. Cela nous a permis d’établir un premier diagnostic et à l’instauration de la gratuité de l’abonnement au télépéage pour les personnes handicapées. En effet, il peut s’avérer difficile pour certaines personnes de tendre le bras hors du véhicule pour payer. Nous avons simplifié les abonnements et proposons la gratuité sur demande. Une  page est dédiée sur notre site internet www.cofiroute.fr à la préparation du voyage où l’on trouve le formulaire d’abonnement. Attention, seul l’abonnement est gratuit, et l’automobiliste handicapé devra néanmoins payer le montant du péage.

 

Avez-vous mené d’autres études depuis 2001 ?

Toujours en partenariat avec l’hôpital de Garches, nous avons mené une enquête auprès des lecteurs du magazine Point Carré pour connaître les principales attentes des personnes handicapées qui circulent sur autoroutes. Tous les domaines étaient abordés : préparation du voyage, difficultés rencontrées au cours de celui de celui-ci… L’étude des résultats nous a permis de travailler à l’adaptation de certaines aires. Plusieurs points ont fait l’objet d’attentions particulières. Le stationnement, tout d’abord, avec le contrôle de la praticité des places dédiées et un accès aisé aux sanitaires – certains étaient fermés, d’autres cassés. De même, certaines tables de pique-nique se sont révélées inaccessibles ou malaisément accessibles. Suite à cela, nous avons inscrit, dans la Charte de construction des aires, des principes pour l’adaptation aux personnes handicapées des cheminements vers les tables et les sanitaires. Nous avons intégré la personne handicapée dans toutes les « chaînes de  déplacement ».

 

Comment avez-vous rendu visible cette « chaîne de déplacement » pour tous ?

Telle table de pique-nique est accessible, donc dédiée aux personnes handicapées et un pannonceau le signale. Il y a au moins une table accessible par aire, avec un plateau à la bonne hauteur et d’une bonne largeur pour un usager en fauteuil. De même, les téléphones publics ont été pris en compte, comme tous les services disponibles pour les personnes mobiles. Cette position s’inscrit dans le prolongement de la politique qualité de l’entreprise qui prévoit que Cofiroute « s’engage à offrir à tous ses clients une qualité de service élevée et homogène en tout point du réseau et à tout moment de l’année ».

 

La Loi de 2005 a quand même bien joué un rôle dans la mise en accessibilité du réseau ?

Depuis 2008, nous avons effectué un diagnostic du réseau pour le mettre en conformité avec les obligations imposées par la Loi de 2005 et ce, de manière précise. Il y avait eu une autre étape entre le premier diagnostic et celui-ci. L’enquête menée avec le Point carré avait été un grand succès et un autre diagnostic de terrain avait été entrepris pour vérifier les témoignages  avec deux personnes en fauteuils manuels et de modèles différents. Cette enquête de terrain avait permis de vérifier la validité des témoignages et la réalité des inadaptations. L’année 2008 a ensuite été l’occasion d’un dernier diagnostic complet de la totalité du réseau. Toutes les modifications et adaptations précédentes avaient en effet été réalisées après des tests partiels du réseau. Cela a mené à la mise en accessibilité totale dans le cadre de nouveaux travaux engagés. Le plus gros des travaux sera réalisé d’ici trois ans et le reste d’ici 2015.

 

Comment assurez-vous l’entretien et la garantie d’un service de qualité continu ?

Nous avons, en interne, une procédure d’évaluation trimestrielle de la propreté et de l’entretien des aires. Cela englobe le contrôle des places de stationnement – la peinture, le logo, la signalétique… Nous intégrons bien évidemment dans cette évaluation toutes les aires PMR. Nous effectuons aussi une vérification quotidienne de la bonne propreté. Des rondes sont faites donnant lieu à des signalements en cas de problème et à l’intervention d’équipes. C’est très important car s’il y a un incident dans un bloc sanitaire pour valides, les usagers peuvent en utiliser un autre, tandis que les toilettes dédiées aux personnes handicapées doivent être toujours disponibles. Nous menons d’ailleurs une sensibilisation auprès des équipes d’intervention pour que les toilettes adaptées bénéficient d’un traitement prioritaire.

 

Qu’en est-il de l’accessibilité du reste du réseau Vinci ?

Le réseau n’est pas vraiment accessible sauf le réseau ARCOUR, qui a l’avantage d’être récent, mais des aires vont être entièrement refaites après prise en compte de tout l’aspect accessibilité. Pour les plus récentes, il s’agira seulement de « réglages », en fonction de l’existant. S’il n’y a pas de table accessible, celle-ci sera installée près de la place réservée et le cheminement sera adapté pour la rejoindre depuis le parking et les sanitaires les plus proches seront eux aussi adaptés.

 

Quelle procédure préconisez-vous pour les personnes handicapées qui tombent en panne sur autoroute ?

Tout d’abord, nous déconseillons aux personnes handicapées de descendre de leur véhicule, même sur la bande d’arrêt d’urgence. Aujourd’hui, tout le monde possède un téléphone portable et peut appeler le Centre d’appel sans quitter son véhicule pour donner tous les renseignements sur l’incident. Nous organiserons ensuite le déplacement du patrouilleur qui sécurisera la zone en attendant l’arrivée du dépanneur ou éventuellement du médecin ou des secours, en cas de malaise, par exemple.

 

Il n’est donc pas question de rendre les bornes d’appel d’urgence accessibles ?
On n’imagine pas quelqu’un sortir son fauteuil de son véhicule pour aller téléphoner depuis la borne. Nous devons, par contre, communiquer pour faire connaître le numéro d’appel grâce auquel les personnes pourront recevoir l’aide dont elles ont besoin.

  

Une enquête pour mieux connaître les attentes et les besoins des personnes à mobilité réduite

 

Pour répondre de façon plus adaptée aux besoins et attentes des personnes handicapées et améliorer l’information destinée à ses clients qui utilisent ou voudraient utiliser le réseau autoroutier, Cofiroute a souhaité réaliser une enquête. Le questionnaire a été élaboré avec la Fondation Garches et le Club de Loisirs et d’Entraide de l’hôpital Raymond Poincaré. L’enquête a été diffusée aux abonnés (majoritairement paraplégiques ou tétraplégiques) du magazine du Club, le Point Carré (4 000 exemplaires) dans le numéro d’octobre 2006.

Les 250 personnes ayant répondu au questionnaire ont fait apparaître les résultats suivants :

– 16% évitent de prendre l’autoroute lorsqu’elles sont seules par crainte d’y rencontrer des difficultés.

– 54% affirment connaître des difficultés dans les aires de services (places de parking occupées, trottoirs non surbaissés, toilettes sales ou mal agencées, tables trop basses…).

– A la question « quels services vous semblent indispensables pour qu’une aire puisse être qualifiée d’accessible », les toilettes arrivent largement en tête, suivies de la cafétéria et de la cabine téléphonique.

– 30% rencontrent des difficultés au péage (éloignement des bornes tickets et carte bleue) mais ceux qui utilisent le télépéage écrivent qu’ils ne connaissent plus de problèmes ; ils restent cependant peu nombreux (16%).

– L’approvisionnement en carburants reste la principale difficulté pour beaucoup de conducteurs.

 


Une collaboration exemplaire

Partenaire de la Fondation Garches depuis 2001, Cofiroute a pu s’appuyer sur cette structure pour faire évoluer son réseau vers une accessibilité maximale. « Nous sommes mobiles, explique Narthalie Manegrier, et de ce fait, on ne pense pas toujours aux problèmes que rencontrent les personnes handicapées. »  Et d’ajouter « Nous voulions intégrer les personnes à mobilité réduite comme des clients et leur fournir le même service qu’aux autres pour qu’elles puissent rouler et s’arrêter sur les aires de repos et de services comme tout un chacun, et dans les mêmes conditions de confort ».

Le site de la Fondation : www.handicap.org

 

 

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