Parfums, odeurs et bien-être au domicile : Le parfum de mon « chez-moi »

Parfums, odeurs et bien-être au domicile : Le parfum de mon « chez-moi »
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Par Catherine Sanches. La valeur des odeurs est trop souvent sous-estimée. Notre nez et ses capacités malmenées par la COVID ont cependant mis en lumière combien « avoir du nez » est décisif pour notre équilibre. Tout se tient… Notre sens olfactif nous informe… Des émotions s’associent à des parfums.

Dans le paysage olfactif des personnes que je côtoie, il n’est pas rare d’entendre : « ça sent l’hôpital. » En difficulté pour décrire cette senteur, elle paraît caractéristique même si ce n’est plus celle de l’éther… Et même de préciser lors d’un retour à domicile, l’importance de s’en séparer « parce qu’elle colle à la peau ». Rentrer chez soi et retrouver le parfum de son « chez soi »… bien souvent aussi mal défini d’ailleurs, c’est de l’ordre d’un besoin.

Pour de la délicatesse, ce sont plutôt les souvenirs qui s’habillent de parfums définis. Les détails sont alors au rendez-vous. Un sourire aux lèvres, elle dit : « Quand je suis rentrée, l’air était saturé du parfum des fleurs du grand tilleul. Tout en était imprégné, c’était apaisant… et je savais que je pourrais le retrouver cet hiver, avec la tisane du soir reprenant des fleurs séchées… Et je me suis rendue compte que je n’avais rien senti depuis des jours, comme si l’hospitalisation m’avait privée de respirer. »

Cette sensibilité est très personnelle. Elaborée au fil de son parcours de vie, elle est difficile à partager et à comprendre. Pour justifier l’attribution d’un prix Nobel en 2004 à Richard Axel et Linda Buck pour leurs travaux sur les récepteurs olfactifs, l’assemblée déclarait : « L’odorat est longtemps resté le plus énigmatique de nos sens. Les principes de base pour reconnaître et se souvenir d’environ 10 000 odeurs différentes n’étaient pas compris ».

Certains ont bien essayé de faire un peu de classement, notamment pour nous aider à choisir un joli flacon chez le parfumeur. De quelle famille êtes-vous ? Il en existerait sept : hespéridée, florale, fougère, chyprée, boisée, orientale et aromatique. Et d’autres essaient de nous « mener par le bout du nez » avec le développement du design olfactif. Ils savent créer des ambiances et parfums propices aux achats, inventer un logo olfactif qui incarne l’image d’une marque… Pourraient-ils œuvrer au sein des EHPAD ?

Car c’est un art délicat de faire une bonne « première impression ». Régulièrement, lorsque j’invite des aidants à découvrir l’un ou l’autre de ces établissements, ils reviennent en me parlant de leurs impressions… et des odeurs perçues. Si elles s’avèrent désagréables, elles envahissent la réflexion. Il ne s’agit plus de prendre du recul, il est question d’évitement.

Alors, pour motiver le projet d’un accompagnement à domicile d’une personne très dépendante, il y a parfois des mots poétiques : « Je n’ai plus d’oreille à la maison, mais j’ai des murs autour de moi qui me parlent et leurs odeurs me rassurent, je me sens chez moi et c’est encore notre chez-nous

Catherine Sanches
Psychologue gérontologue

Illustration : Apolline Sanches Rodrigues

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